Importations à bas prix, pesticides, crise climatique… L’apiculture, un secteur en souffrance

Le 5 février dernier, des apiculteurs se mobilisaient à Lyon pour mettre en lumière leur détresse. JEFF PACHOUD / AFP
Le 5 février dernier, des apiculteurs se mobilisaient à Lyon pour mettre en lumière leur détresse. JEFF PACHOUD / AFP

Parmi les agriculteurs en colère, il y a notamment les apiculteurs. Dans tout le pays, les producteurs de miel en vrac peinent à écouler leur stock, déjà fragilisé par les impacts du changement climatique sur les cultures et la biodiversité. Un nouveau règlement européen pour renforcer la transparence sur l’origine du miel constitue un premier pas mais les revendications sont nombreuses.

La fin de l’enfumage sur l’origine du miel a-t-elle sonné ? L’accord trouvé le 31 janvier dernier par les représentants du Parlement européen et du Conseil de l’UE prévoit de rendre obligatoire l’affichage détaillé des pays de récolte du miel afin de mieux informer les consommateurs. Alors que jusqu’à aujourd’hui, seule la provenance ou non de l’Union européenne était obligatoire, chaque pays devra maintenant être mentionné dans le cas de mélanges, ainsi que le pourcentage des miels utilisés dans la composition du produit.

Un code permettra également de remonter jusqu’aux différents producteurs. Pour Elodie Colombo, directrice de l’Ada, la fédération nationale du réseau de développement apicole, « la mesure va dans le bon sens ». Car les miels vendus dans la grande distribution sont régulièrement pointés du doigt quant à leur composition et leur qualité.

« Concurrence déloyale »

Actuellement, « une grande partie du miel importé de pays hors Union européenne est soupçonnée d’être modifiée avec un ajout de sucre et n’est pas détectée » précise le Parlement européen. Les miels français sont en effet concurrencés par des nectars importés du monde entier à bas prix. En 2022, l’Institut de l’abeille (Itsap) notait une « explosion des tonnages » venus de Chine. Avec un miel vendu à moins de 3€ le kilo, le pays arrive même sur la première marche des fournisseurs du marché hexagonal.

En face, les producteurs français, eux, ne s’en sortent plus. En 2023, nombreux sont ceux qui n’ont pas réussi à écouler leur stock, entraînant des difficultés économiques. Selon une enquête menée par la Fédération française des apiculteurs professionnels, 75% des apiculteurs souffriraient d’une baisse de leurs ventes, constituant pour plus d’un tiers d’entre eux une menace pour « la survie de leur exploitation ». « Cela fait plusieurs mois que [les] apiculteurs n’arrivent plus à écouler leur production ou sont contraints de la vendre à un prix proche ou en deçà du simple coût de revient », confirme dans un communiqué l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF).

Derrière ces difficultés, le syndicat évoque « une concurrence déloyale » entraînée par des importations « massives ». A l’origine de la colère des apiculteurs, ces préoccupations viennent s’ajouter aux impacts de la crise climatique qui fragilisent de plus en plus la filière. En 2023, la sécheresse a ainsi mis en péril de nombreuses exploitations. « On voit déjà l’impact du manque d’eau sur tout l’arc Sud-Est, à des endroits où historiquement il y avait beaucoup d’apiculteurs. Il ne pleut pas suffisamment pour assurer la survie des colonies d’abeilles », explique à Novethic Elodie Colombo.

Inquiétudes face aux pesticides

Perturbation des périodes de floraison, réduction de ressources, baisse de la qualité du pollen… Les températures extrêmes, l’absence de précipitations et les événements climatiques influent directement sur l’activité des apiculteurs. « Le changement climatique pose la question du nombre de ruches que le territoire pourra accepter d’un point de vue de la ressource », s’inquiète Elodie Colombo.

La crise climatique pourrait également entraîner une modification des cultures, l’apparition de nouveaux prédateurs ou encore l’émergence de maladies. « Cela pourrait amener l’industrie phytopharmaceutique à développer de nouveaux pesticides, impliquant des risques chimiques sur les abeilles », projette Elodie Colombo. Et l’inquiétude des apiculteurs sur ce point n’est pas prête de s’apaiser. Alors que le gouvernement a acté une pause sur le plan Ecophyto, les producteurs de miel pointent du doigt les conséquences de cette décision sur la survie des pollinisateurs et plus largement sur l’avenir de l‘apiculture.

« Nous déplorons avec force le recul de la politique environnementale de la France, opéré par le gouvernement suite aux manifestations agricoles, réagit Christian Pons, président de l’UNAF. Il est primordial et urgentissime que l’Etat revoie en profondeur sa stratégie agricole et accompagne financièrement les agriculteurs vers une transition agroécologique. »

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