Les enseignes de restauration rapide consacrées au poulet fleurissent aux quatre coins des villes. Un succès sur lequel lorgnent les géants du secteur, alors que la consommation de volaille des Français progresse d’année en année. Mais derrière cette tendance se cachent des importations en hausse et un mode d’élevage intensif aux lourds impacts environnementaux.
- Plus de poulet, voilà l’un des axes choisis par McDonald’s pour reconquérir les consommateurs. Lors de son congrès mondial qui s’est tenu cette année à Las Vegas, le géant de la restauration rapide a dévoilé un nouveau plan de croissance pour faire face à une concurrence accrue. Parmi les piliers de cette stratégie, l’enseigne prévoit de revoir le design de ses restaurants, automatiser la prise de commande mais surtout retravailler son offre avec davantage de produits à base de volaille. Il faut dire que le poulet à la cote. En France, sa consommation a augmenté de +6,2% entre 2023 et 2024, selon les données du service statistique du ministère de l’Agriculture. En comparaison, la viande de bœuf a reculé de -1,9%. En moyenne, les Français mangent ainsi près de 25 kg de poulet par an.
- Face à cette tendance, l’offre s’est largement développée. Chicken Street, Popeyes, Tasty Crousty, Krousty Sabaïdi ou encore Nach… Depuis quelques années, le nombre d’enseignes spécialisées dans le poulet frit ou grillé explose. En 2025, l’Hexagone comptait plus de 700 points de vente, d’après le cabinet Food Service Vision, soit deux fois plus qu’il y a cinq ans. Leur recette : un marketing tourné vers la génération Z, des portions généreuses et des petits prix. Neuf euros la barquette de poulet croustillant chez Tasty Crousty, moins de huit euros le naan garni chez Chicken Street et tout juste un euro le pilon chez Master Poulet… La formule est imbattable. Un argument de taille pour les consommateurs dans un contexte de tensions autour du pouvoir d’achat.
- Un appétit que la production française ne peut toutefois pas satisfaire à elle seule : en 2025, les importations de poulet ont augmenté de +9,5% selon l’Anvol, l’Association nationale interprofessionnelle de la volaille de chair, majoritairement à destination de la restauration hors domicile et de l’agro-alimentaire. Résultat, 52% des poulets consommés aujourd’hui n’ont pas été élevés en France. Parmi les principaux pays producteurs, on retrouve la Belgique, l’Espagne, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Pologne. Des pays où les poulaillers industriels se multiplient pour répondre à la demande, au détriment de l’environnement et de la santé des populations locales.
- D’après une enquête du Bureau of Investigative Journalism publiée en mars dernier, près de la moitié des élevages intensifs polonais, d’où sont issues plus de 648 000 tonnes de poulets en 2025, exercent par exemple sans autorisation administrative et sans permis de rejets de polluants. Pour autant, l’herbe n’est pas plus verte en France. Le pays abritait en 2023 plus de 2 300 élevages intensifs de volailles, révèle un rapport d’Agtivist. Selon la journaliste Axelle Playoust-Braure, qui enquête sur le sujet, on y retrouve principalement des « turbo-poulets », une variété à la croissance très rapide, dont les conditions d’élevage sont régulièrement pointées du doigt. Un mode de production qui pourrait prendre de l’ampleur sous l’effet de la loi Duplomb. Le texte prévoit en effet un assouplissement des procédures d’autorisation environnementale pour les élevages de taille industrielle.