Transition automobile : l’Europe freine et l’industrie risque la sortie de route

Le prix des voitures neuves a augmenté de 24% entre 2020 et 2024, selon l'IMT. @Pexels
Le prix des voitures neuves a augmenté de 24% entre 2020 et 2024, selon l'IMT. @Pexels

L’Europe recule sur le zéro thermique, offrant un boulevard à la Chine. Pendant que les constructeurs européens négocient des sursis, Pékin fonce sur les voitures électriques et les batteries, creusant un avantage stratégique difficile à combler.

Difficile de se désintoxiquer des gaz d’échappement. Les constructeurs européens s’arc-boutent tant qu’ils peuvent sur leur savoir-faire dans les moteurs thermiques, au point de faire plier la Commission européenne. Elle est revenue mardi sur l’objectif du Green Deal de réduire de 100% les émissions de voitures neuves en 2035, en le réduisant à 90%. Les constructeurs, notamment allemands, ont manié les arguments qui font mouche : transition trop rapide, des automobilistes pas prêts pour l’électrique, menace sur l’emploi…

La Commission les a entendus, Stéphane Séjourné, son vice-président en charge de la prospérité et de la stratégie industrielle, avait déclaré dès le mois de mars 2025 que l’industrie automobile européenne était « en danger de mort« . En assouplissant l’objectif de 2035, la Commission donne donc un peu d’air aux constructeurs, qui pourront continuer sous certaines conditions, à vendre des véhicules à moteur thermique après cette date.

Les conditions de compensation dans le viseur

Mais ce recul sur les ambitions climatiques suffira-t-il à sauver l’industrie européenne ? Pour les industriels, ce n’est pas assez, ils planifient déjà la prochaine étape. Sigrid de Vries, la directrice générale de l’ACEA, l’organisation européenne des constructeurs automobiles, salue la décision européenne qui constitue « un changement majeur par rapport à la loi actuelle« . Elle ajoute : « Mais le diable peut très bien être dans les détails. Nous allons étudier le paquet et travailler avec les colégislateurs pour renforcer la proposition là où c’est nécessaire« .

Dans le viseur, les conditions strictes associées à la flexibilité de 10%, Bruxelles voulant imposer en compensation le recours à de l’acier bas carbone produit en Europe et à des carburants bas carbone. Dans un communiqué véhément, Hildegard Müller, la présidente de l’association allemande de l’automobile, qualifie de « désastreuse » la proposition de la Commission. « Bruxelles prévoit maintenant d’imposer de nouvelles demandes à l’industrie automobile, concernant l’acier vert et les carburants renouvelables, s’emporte-t-elle. Ce sont des demandes pour lesquelles nous ne contrôlons pas la disponibilité des ressources respectives« .

L’incapacité de l’industrie allemande à accélérer sa transition n’est due qu’à des facteurs externes, selon elle. De la même manière, elle reproche la faiblesse du marché du véhicule électrique au manque de bornes de recharge. Sans prendre en compte la puissance des constructeurs automobiles qui, par le développement d’une offre de voitures électriques adaptée au marché pourrait justement produire l’effet d’entraînement nécessaire au développement de l’infrastructure.

Forte augmentation des prix

Les ventes de voitures électriques ont d’ailleurs eu tendance à redécoller ces derniers mois, avec l’arrivée de modèles plus petits et abordables. Au mois de novembre, les ventes de voitures électriques neuves en France ont atteint 26% de part de marché, un record. Sur l’ensemble de l’année 2025, cette part de marché s’établit à 19,5%, en progression par rapport à l’année 2024 (17%). Au niveau européen, la part de marché de l’électrique atteignait 16,4% au mois d’octobre, contre 13,2% un an plus tôt.

Le marché européen global ne retrouve cependant toujours pas ses volumes d’avant Covid. Les constructeurs blâment les normes européennes qui auraient poussé à l’augmentation des prix. Une étude de l’Institut des mobilités en transition de l’Iddri, qui constate une augmentation de +24% des prix entre 2020 et 2024, pointe plutôt la stratégie des constructeurs de favoriser dans leurs gammes des voitures plus massives, mieux équipées, avec de plus fortes marges. Et que de moins en moins d’Européens peuvent s’offrir…

En attendant, l’industrie chinoise avance ses pions. Elle est capable de produire des voitures électriques à des prix abordables, certes en usant de moyens jugés parfois déloyaux par la Commission. Elle est par ailleurs le numéro 1 incontesté dans la production de batteries, les gigafactory européennes peinant encore à lui faire concurrence. En faisant pression pour reculer sur l’électrification du marché, les constructeurs européens semblent donc dérouler le tapis rouge à leurs concurrents chinois qui peuvent maintenir leur avance sur une technologie que tout le monde, constructeurs européens compris, s’accorde à dire qu’elle finira par s’imposer.

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