2019 devait être l’année de sortie de la crise des agriculteurs. Mais les premiers signes des négociations commerciales sont mauvais et les distributeurs contournent déjà les seuls dispositifs un tant soit peu contraignants mis en place par le gouvernement. Le Salon de l’agriculture qui a ouvert ses portes le 23 février sonne comme une dernière chance. À l’occasion de cet événement, Novethic vous propose, toute la semaine, une série dédiée au secteur sensible de l’agriculture en France.
"Ma priorité est de faire remonter le revenu des agriculteurs et de lutter contre l’agribashing", disait Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture, sur RMC le 20 février. Avant lui, l’ancien occupant du maroquin Stéphane Travert avait aussi placé ce dossier en haut de la pile en lançant les États généraux de l’alimentation. Autour de la table, les acteurs de la filière, dont les distributeurs et industriels, avaient promis de tout faire pour sauver l’agriculture française et surtout ceux qui la font. 2019 serait l’année de la sortie de crise !
Mais c’était sans compter la persistance des pratiques existantes. Les négociations commerciales, entre distributeurs et industriels qui se déroulent actuellement se passent mal. La pression sur les tarifs est forte et se répercute sur les revenus des agriculteurs. "Dans 15 jours, si rien ne change, les États généraux de l’alimentation seront bel et bien enterrés !", dénonce l’Association nationale des industries alimentaires (Ania) dans un communiqué. "Acheter au prix toujours le plus bas reste le seul leitmotiv des distributeurs". Selon les industriels, 96 % des entreprises interrogées estiment que la situation avec leurs clients de la grande distribution n’est pas meilleure, voire s’est dégradée.
Une pression sur les prix toujours plus forte
Le gouvernement se félicite que la filière laitière, une des plus touchée depuis le début de la crise, s’en sorte bien. Mais, "le lait est l’arbre qui cache la forêt", a dénoncé, lors d’une audition au sénat, Richard Panquiault, directeur général de l’Institut de liaisons et d’études des industries de consommation (Ilec).
"Il y a un paquet de filières, en céréales, fruits et légumes ou en viande, où il ne s’est rien passé", explique-t-il. Les fabricants bio se plaignent de la guerre des prix. Au premier round des négociations, 40 % d’entre eux se sont vus demander des efforts par la grande distribution. Christiane Lambert, présidente du principal syndicat agricole (FNSEA), a même demandé d’installer des caméras dans les boxes des négociations.
"Le manque de transparence et de dispositifs de sanction dans la loi Egalim nous laisse plus que sceptiques sur le fait que ces négociations aboutiront à une répartition équitable de la valeur qui redonne du revenu aux paysannes et paysans", dénonce de son côté la Confédération paysanne. Le gouvernement a en effet misé sur des engagements plutôt que des sanctions, une démarche qui lui a été reprochée maintes fois.
Des moyens de contournements
D’autant que les distributeurs semblent avoir trouvé des moyens de contourner les seuls dispositifs un minimum contraignant que sont l’encadrement des promotions (elles ne peuvent plus excéder 34 % de la valeur d’un produit) ou la hausse de 10 % du seuil de revente à perte, c’est-à-dire le prix en dessous duquel les distributeurs ne peuvent pas vendre un produit.
Le gouvernement brandi l’arme du name and shame, qui consiste à divulguer publiquement le nom des distributeurs qui ne jouent pas le jeu, mais la menace ne semble pas faire trembler outre mesure les distributeurs. Le plus rebelle d’entre eux, Michel-Edouard Leclerc, président du groupe éponyme, ne cesse de mettre dos à dos pouvoir d’achat des Français et augmentation des prix. Un argument qui trouve un bel écho en pleine crise des Gilets jaunes.
Marina Fabre, @fabre_marina