Une étude publiée par le WWF France et le Réseau CIVAM s’attache à démontrer la performance économique des exploitations laitières en agriculture durable, caractérisées par un recours important au pâturage. Ces fermes créent ainsi 24 % de richesse en plus par rapport aux exploitations conventionnelles. De quoi motiver les conversions vers un mode de production plus responsable.
L’année dernière, la moitié des agriculteurs français ont touché moins de 350 euros par mois. Or en France, un individu est considéré comme pauvre quand ses revenus mensuels sont inférieurs à 846 euros. Ce constat interroge le modèle d’agriculture productiviste encore dominant alors qu’il ne permet plus de faire vivre tous les producteurs.
Souvent vantées pour leur intérêt environnemental, les exploitations laitières qui privilégient le recours aux pâturages sont également performantes sur le plan économique et social. C’est ce que démontre une étude (1) publiée mardi 3 octobre par le WWF France et le Réseau CIVAM (Centres d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural), à l’occasion des États généraux de l’Alimentation qui se tiennent jusqu’à mi-novembre.
Économies de charges
L’étude porte sur l’exercice comptable 2015. Elle démontre que les exploitations laitières du Grand Ouest en Agriculture Durable (hors bio), caractérisées par un recours important au pâturage, créent plus de richesse que les exploitations conventionnelles. La valeur ajoutée par actif est accrue de 24 %. Ce, malgré une production de lait inférieure de 17 %.
L’efficacité économique de ces systèmes herbagers est permise par des réductions de frais d’exploitation. Le coût des pesticides et engrais minéraux représente 17 % des charges opérationnelles dans les exploitations conventionnelles, il n’en représente que 3 % dans les exploitations durables. Les économies portent aussi sur le coût des aliments pour le bétail et la mécanisation par exemple.
Remettre l’humain au cœur de la viabilité de l’exploitation
Les exploitations durables consacrent également une plus grande partie de leurs bénéfices à la rémunération du travail plutôt qu’aux investissements : 48 % de la valeur ajoutée, contre 33 % pour les exploitations conventionnelles. Le revenu disponible moyen annuel par exploitation est de 30 590 euros comparé à 11 976 euros dans les fermes classiques.
"Adopter le mode de production des fermes durables permet d’obtenir des exploitations plus pérennes et plus robustes financièrement, ce qui aboutit à une plus grande allocation de la valeur ajoutée à la rémunération du travail. Cet indicateur remet l’humain au cœur de la viabilité de l’exploitation", notent les auteurs.
De plus, les exploitations durables contribuent à la création d’emplois dans les territoires : +10 % d’actifs agricoles en plus par kilomètres carrés. Et elles sont moins dépendantes aux aides de la PAC (politique agricole commune). Ainsi, pour dégager un revenu de 100 euros, l’exploitant durable perçoit 93 euros d’aides contre 233 euros en conventionnel.
Réduire notre consommation de viande, quel que soit son mode de production
Outre les avantages économiques, ces fermes en agriculture durable ont également un impact environnemental moindre avec une utilisation de pesticides divisée par trois. Le recours accru au pâturage permet aussi de stocker du carbone dans les sols, ce qui compense entre 30 et 40 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) des élevages, selon les auteurs.
Toutefois, l’empreinte carbone des animaux d’élevage reste importante, quel que soit le mode d’exploitation. Ils sont responsables de 14,5 % des émissions de gaz à effet de serre. Une étude (2) du Food Climate Research Network (FCRN) de l’université d’Oxford, également publiée le 3 octobre, montre que le stockage de CO2 lié au pâturage ne permet pas de compenser les émissions des ruminants. L’élevage contribue par ailleurs à la réduction des terres disponibles et à la déforestation.
Ce qui doit nous interroger sur notre consommation de viande. "Peu importe le système de production, l’augmentation de la production et de consommation de viande et de produits laitiers est une source de préoccupation pour relever notre défi climatique et environnemental", alerte ainsi Tara Garnett, coordinatrice du FCRN.
Concepcion Alvarez @conce1
(1) L’étude du CIVAM
(2) L’étude du FCRN