Œufs : pourquoi les rayons sont vides alors que la production reste stable ?

C’est un constat partagé par de nombreux Français : il est parfois difficile de trouver des œufs en supermarché. En cause, une explosion de la consommation alors même que la filière cherche à transformer ses modes d’élevage. Explication.

  • Rayons clairsemés, références absentes, choix réduit… Depuis maintenant plusieurs mois, des tensions affectent l’approvisionnement en œufs de la grande distribution. Le taux de rupture atteindrait 13,3% sur l’année 2025, estime le cabinet Nielsen IQ. La France ne connait pourtant pas de pénurie, bien au contraire. En 2024, l’Hexagone a produit près de 15,4 milliards d’œufs, se plaçant en tête des pays producteurs européens devant l’Espagne et l’Allemagne. Mais alors, que se passe-t-il ? Selon le Comité National pour la Promotion de l’Œuf (CNPO), ce phénomène s’explique principalement par un déséquilibre de plus en plus important entre l’offre et la demande. Les Français consomment en effet 226 œufs par an et par habitant, bien au-delà de la moyenne mondiale qui se situe à 182 œufs par personne.
  • Un appétit qui se traduit directement dans les ventes d’œufs : entre 2023 et 2024, les volumes d’achats ont augmenté de 4,7%. « L’une des explications à cette hausse pourrait être le fait de vouloir limiter sa consommation de viande, notamment pour des raisons budgétaires », constate Mathilde Gressier, cheffe de projet au sein du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc), interrogée par Novethic. L’œuf ferait ainsi office d’aliment « anti-crise », confirme le CNPO. Pour plus de 7 consommateurs sur 10, il constitue « une bonne alternative économique pour consommer des protéines animales dans un contexte d’inflation et de réduction de la consommation de viande et de poisson », rapporte une enquête menée en 2022 par l’institut CSA pour l’Interprofession des œufs.
  • « Cela fait trois ans que l’on a une hausse de la consommation d’œufs de l’ordre de 5% par an, explique à Novethic Alice Richard, directrice du CNPO. Cela représente 300 millions d’œufs supplémentaires à produire chaque année ». Mais répondre à cette demande nécessite du temps, rappelle l’interprofession des œufs. Installer un nouveau poulailler prend environ deux ans. Un enjeu auquel s’ajoute la transformation des modes d’élevage entamée par la filière. Si 75% de la production est aujourd’hui issue d’élevages alternatifs à la cage, le CNPO a fixé un objectif de 90% à 2030. Cette transition, largement soutenue par les Français au travers de leurs tendances de consommation, a néanmoins un impact direct sur le cheptel de poules pondeuses. « On estime que si l’on passe d’un élevage en cage à un élevage en plein air, on perd à peu près 20% en termes de nombre d’animaux », souligne Alice Richard.
  • Face à ces tensions d’approvisionnement, qui concernent l’ensemble des circuits de distribution, l’industrie agro-alimentaire cherche elle aussi des solutions. Le fabricant de viennoiseries La Fournée Dorée a ainsi annoncé la signature d’un contrat sur dix ans avec cinq éleveurs situés en Vendée, afin de les accompagner financièrement dans la construction de nouveaux poulaillers. « Tous les ans depuis 2021, nous rencontrons des difficultés d’approvisionnements. Depuis novembre, d’une semaine sur l’autre, nous ne sommes pas sûrs d’avoir des œufs, rapporte aux Echos Guillaume Loste, responsable des achats pour La Fournée Dorée. Notre volonté n’est pas d’augmenter les volumes en payant moins cher nos fournisseurs, mais de s’assurer que nos matières premières demain seront toujours là ».
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