Pour le troisième et dernier épisode de notre série consacrée aux municipales, réalisée en partenariat avec le cabinet Callendar, nous nous intéressons au risque sécheresse. Pour plus de 99% des communes en France, le nombre de jours de sécheresse serait au moins multiplié par deux d’ici 2050. Et pour les plus gravement touchées, ce chiffre serait multiplié par 10 ou plus par rapport au climat moyen de la fin du XXe siècle.
Le changement climatique entraîne des risques de canicule comme celle qu’a connue la France en 2003, des risques d’inondations et d’érosion côtière. Mais l’augmentation de la température conduit aussi à une hausse de l’évaporation qui se traduit presque partout par une aggravation marquée des sécheresses. C’est le constat que dresse pour Novethic le cabinet Callendar, spécialisé dans l’analyse des conséquences du réchauffement de la planète, pour le troisième et dernier épisode de notre série consacrée aux municipales.
Selon leurs données exclusives, pour plus de 99% des communes, le nombre de jours de sécheresse serait multiplié au moins par deux d’ici 2050 par rapport au climat moyen des années 90 ou de la fin du XXe siècle. Pour les communes les plus gravement touchées, le nombre de jours de sécheresse serait multiplié par 10 et jusqu’à 17 dans certaines communes comme La Ville-aux-Dames ou Montlouis-sur-Loire dans l’Indre-et-Loire (37). Mais il est intéressant de noter que les communes de notre Top10 sont aussi bien situées en Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur que dans les Hauts-de-France, le Centre-Val-de-Loire ou l’Auvergne-Rhône-Alpes, soulignant le caractère généralisé de l’asséchement en cours.
Aucun territoire épargné
« Ce qui frappe dans cette analyse, c’est qu’aucune partie du territoire français n’est épargnée. Le risque est national et tend à s’aggraver, ce qui interroge à la fois sur la capacité du système d’assurance et de réassurance à absorber ces sinistres, mais aussi sur le niveau d’information des populations exposées », commente Camille Guedamour, responsable du développement commercial chez Callendar.
L’épisode de sécheresse historique survenu en 2022 en France métropolitaine, qui nous apparaît exceptionnel aujourd’hui, pourrait ainsi devenir banal à l’avenir. Le coût socio-économique de cette sécheresse a été estimé à près de 5,1 milliards d’euros dans une étude publiée au printemps dernier par le ministère de la Transition écologique. Plus des deux tiers de la facture (3,5 milliards d ‘euros) concernaient la structure des bâtiments.
Les épisodes de sécheresse ont en effet un impact direct sur les bâtiments, avec le retrait-gonflement des argiles (RGA), phénomène de contraction et de gonflement des sols argileux, qui touche principalement les maisons individuelles. Le RGA se traduit par une dégradation des constructions (fissures, distorsion des portes et fenêtres, dislocation des cloisons, etc.). En France métropolitaine, 10,4 millions de maisons individuelles y sont exposées. Et, toujours selon le ministère de l’Ecologie, 70% du coût des indemnisations du régime des catastrophes naturelles Cat Nat liées aux bâtiments versées ces cinq dernières années résultent du RGA.
« Au bord de la crise »
« Le RGA devient en effet la première cause d’indemnisation des sinistres. C’est un sujet d’actualité, c’est un sujet croissant en raison des sécheresses qui sont de plus en plus récurrentes et sévères et de l’alternance entre sécheresses et fortes pluies », constate Laurent Arnaud, directeur du département Bâtiment durable au Cerema, interrogé par Novethic. « Ce sera clairement le péril le plus coûteux en France d’ici 2050 », complète Tom Hauser, en charge de la campagne assurabilité des risques climatiques au sein de l’ONG Reclaim Finance.
Or sa reconnaissance par le régime cat nat est complexe et beaucoup moins évidente que pour les inondations ». Résultat, la charge se retrouve souvent aux frais des sinistrés. « Ce sont ceux qui souffrent le plus des catastrophes climatiques qui se trouvent le plus sollicités. Certaines collectivités doivent faire face à une hausse de leur prime d’assurance très importante, ou s’orientent vers l’auto-assurance. Nous sommes au bord de la crise », ajoute le spécialiste.
Face à la crise climatique, une partie de la France déjà inassurable
Plus de prévention
Selon le rapport de mission relative à la gestion et l’assurabilité des biens des collectivités territoriales, publié en avril 2024, 40% des bâtiments appartenant aux collectivités sont exposés à un risque moyen de RGA pour un coût de 200 milliards d’euros, et 15% à un risque fort, pour un coût de 75 milliards d’euros. Le Cerema appelle dès lors à privilégier la mise en place de dispositifs de prévention, plutôt que de réparation, en mettant autour de la table les différentes parties prenantes concernées : citoyens, assureurs, collectivités et Etat.
L’organisme a mis en place une méthodologie (ABCD pour adaptation du bâti au climat de demain), à destination des gestionnaires de parcs, afin qu’ils développent des plans d’actions prenant en compte les différents risques climatiques. Avec le groupement d’assureurs Covéa, il est aussi en train de lancer un dispositif test sur une dizaine de maisons aux configurations et répartitions géographiques distinctes afin de prévenir et diminuer les risques de fissures liés aux RGA. « Les premiers résultats sont très positifs avec une stabilisation des fissures« , assure Laurent Arnaud.
De son côté, face au risque d’une crise de l’assurabilité des impacts liés au changement climatique, Reclaim Finance appelle les pouvoirs publics à « envisager toutes les possibilités pour trouver des sources de financement supplémentaires nécessaires au régime Cat-Nat et financer la prévention des risques climatiques en France ». Et notamment à regarder du côté des assureurs. « Rien que sur la branche dommages aux biens en France, les trois principaux assureurs cotés français – Axa, Generali, Allianz – ont réalisé 6,8 milliards d’euros de bénéfices entre 2016 et 2024 », indique Tom Hauser, auteur d’un rapport sur le sujet publié mercredi 11 mars. Pour la seule année 2024, les trois groupes ont versé 12,3 milliards d’euros de dividendes.