En Inde, Narendra Modi réélu à une courte majorité après une campagne muette sur le climat

Rien que samedi 1er juin, 33 agents électoraux sont morts de la canicule. @KABIR JHANGIANI NurPhoto NurPhoto via AFP
Rien que samedi 1er juin, 33 agents électoraux sont morts de la canicule. @KABIR JHANGIANI NurPhoto NurPhoto via AFP

Narendra Modi est assuré d’une victoire mais elle est loin d’être écrasante. Celui qui s’est placé ces dernières années comme un leader climatique sur la scène internationale a totalement éclipsé le sujet pendant la campagne. Le pays a pourtant subi une vague de chaleur mortelle ces dernières semaines.

Les premiers résultats, après le dépouillement des trois quarts des voix, placent la coalition de Narendra Modi en tête. Mais alors que les pronostics tablaient sur une victoire écrasante, il est réélu avec beaucoup moins de sièges au Parlement qu’en 2019. Le premier ministre sortant, qui rempile pour un troisième mandat, espérait obtenir les deux tiers des sièges de la Chambre basse du Parlement, afin de pouvoir modifier la Constitution, soit 400 sièges. Mais il ne devrait finalement obtenir que 240 sièges et composer avec les alliés de sa coalition.

Les électeurs ont « puni » le parti de Modi, a déclaré Rahul Gandhi, le leader de l’opposition, qui a doublé le nombre de ses sièges par rapport à 2019. « Nous avons concentré notre combat sur les chômeurs, les agriculteurs et les pauvres de ce pays. Le BJP [Bharatiya Janata Party, le parti de Narendra Modi, NDR], quant à lui, répand le mensonge et la haine, menant une campagne vicieuse. Les gens ont rejeté cela« , a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

Le sujet climatique éclipsé des débats

Ce vote de défiance est l’expression de la colère d’une partie de la population indienne – agriculteurs, jeunes sans emploi, musulmans attaqués – qui a bravé les fortes vagues de chaleur pour aller faire entendre sa voix, quitte à faire la queue des heures durant devant les bureaux de vote et risquer sa vie. Rien que le 1er juin, dernier jour de l’élection, un électeur et 33 agents électoraux sont morts de la canicule dans l’Etat d’Uttar Pradesh, dans le nord du pays.

Pourtant, tout au long de la campagne électorale, il a été très peu question de changement climatique. Si le sujet a été inclus dans les programmes de tous les partis, les débats électoraux n’ont pas porté là-dessus. « Lorsqu’on est pauvre, la priorité c’est de survivre, de se nourrir et la santé passe après », explique à RFI Christophe Jaffrelot, directeur de recherche au CNRS, spécialiste de l’Inde. « Le changement climatique n’est pas un sujet sur lequel les partis politiques en lice se sont ralliés », estime aussi Disha Ravi, militante pour le climat de Fridays For Future de 25 ans, originaire de Bangalore. « Ce n’est pas quelque chose dont on parle. Ce n’est pas encore une question de vote », explique-t-elle au Guardian.

L’Inde parmi les pays les plus vulnérables au changement climatique

Le gouvernement indien dirigé par Narendra Modi a pourtant été projeté et perçu comme un leader en matière de climat à l’échelle internationale au cours de la dernière décennie. Le lancement de l’Alliance solaire internationale à la COP21 a permis à l’Inde de prendre le leadership sur le sujet. A la COP26, le pays s’est également engagé à atteindre la neutralité carbone en 2070 (dix ans après la Chine et vingt ans après les pays développés) et puis l’an dernier, à la présidence du G20, il a défendu l’objectif mondial de tripler les énergies renouvelables. Dans le cadre de la campagne électorale, son parti, le BJP a promis l’indépendance énergétique en 2047 et 500 gigawatts d’énergies renouvelables.

En face, le principal parti d’opposition du Congrès a quant à lui promis de constituer une autorité indépendante pour la protection de l’environnement et le changement climatique afin d’appliquer les politiques en matière de changement climatique, de lancer un programme d’investissement du New Deal vert pour se concentrer sur les énergies renouvelables, et de créer des fonds pour la transition verte et pour atteindre l’objectif de net zéro d’ici 2070.

Pas un mot cependant sur le charbon dans aucun des programmes, alors que le pays en reste encore largement dépendant pour produire son électricité. En amont de la COP28, Narendra Modi avait réaffirmé que l’Inde n’était pas prête à en sortir. Pas de trajectoire non plus pour la décarbonation de l’industrie et notamment des aciéries. Le pays, qui se place déjà au 3e rang des plus émetteurs de gaz à effet de serre, ambitionne de devenir la troisième puissance économique mondiale. Une croissance qui risque de se faire au détriment de l’environnement et de la santé des populations sans changement de stratégie. Les scientifiques estiment pourtant que le changement climatique rend les vagues de chaleur 30 fois plus probables en Inde. Le pays se classe déjà parmi les plus exposés au changement climatique. Ces élections l’ont bien démontré…

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