Le recul de la CSRD et de la CS3D ne protège pas les entreprises, il les fragilise

Pixabay.
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Alors que l’Europe vient de détricoter les règles sur la durabilité des entreprises, celles-ci se retrouvent face à un tournant. C’est maintenant à elles de choisir : poursuivre la transition pour rester résilientes dans un monde en surchauffe, ou s’exposer à de nouvelles fragilités.

Sous couvert de simplification, le Parlement européen vient de modifier en profondeur les obligations liées à la CSRD (reporting de durabilité) et à la CS3D (devoir de vigilance). En relevant les seuils d’application, en supprimant les plans de transition climatique et la responsabilité civile, la majorité des eurodéputés affirme vouloir « soulager » les entreprises. Mais ce recul a un effet inverse : il fragilise les organisations en leur retirant un cadre commun et stratégique pour piloter risques, impacts et opportunités ESG.

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Un levier de compétitivité

Les chiffres le confirment. Selon l’étude Tennaxia 2025, parmi les entreprises qui sortiraient du champ d’application de la CSRD, 83 % prévoient de publier tout de même un rapport ESG. 89 % le font déjà pour répondre aux attentes de clients, banques ou investisseurs, et 67 % voient la CSRD avant tout comme une opportunité de repenser leur modèle d’affaires, plutôt qu’une charge administrative.

Une enquête WeAreEurope montre que près de la moitié des entreprises françaises considèrent la CS3D comme un levier de compétitivité, contre seulement 12 % qui la perçoivent comme une contrainte. Ces chiffres montrent que les entreprises qui intègrent la durabilité gagnent en résilience : elles anticipent mieux les risques, renforcent leur crédibilité auprès des partenaires et se positionnent sur des marchés de plus en plus exigeants.

En affaiblissant ces règles, l’Europe ne « libère » donc pas les organisations : elle les laisse plus seules, plus exposées, plus vulnérables dans un contexte où les risques ESG deviennent structurants.

Choisir la résilience malgré le recul européen

Il reste toutefois une bonne nouvelle : les entreprises n’ont pas besoin d’attendre Bruxelles pour agir. Beaucoup ont déjà compris que la durabilité n’était pas un supplément réglementaire mais un facteur de compétitivité. Le recul politique ne les empêche pas d’avancer, et peut même constituer un test de maturité. Celles qui poursuivront leurs efforts de structuration ESG, qui maintiendront leurs engagements de transparence et qui continueront à intégrer les enjeux de transition dans leur stratégie seront, demain, les mieux armées. Elles auront une vision, des données fiables, des partenaires de confiance et la capacité d’évoluer dans un paysage économique toujours plus exigeant

« On revient à une situation où chaque entreprise est appelée à choisir sa propre voie », résume l’expert en RSE stratégique Alexis Kryceve. « Celles qui voient la durabilité comme un fardeau : un coût, une contrainte, une charge administrative de plus. Et qui continuent de croire que le business pourra prospérer en s’affranchissant des limites planétaires », et « Celles qui voient la durabilité comme un atout : un levier de compétitivité, d’adaptation, de robustesse. Un cap stratégique pour faire face à un monde à +2°C, à des chaînes de valeur fragilisées, à des clients et investisseurs plus exigeants ».

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