Manque de ressources, isolement, résistances : le malaise des professionnels de la RSE

Les professionnels de la RSE face au manque de moyens et aux résistances internes - Photo de Marc Mintelsur Unsplash
Les professionnels de la RSE face au manque de moyens et aux résistances internes – Photo de Marc Mintelsur Unsplash

Une récente étude illustre les difficultés traversées par les professionnels de la durabilité. Entre manque de moyens, isolement et soutien en baisse, la crise continue dans le secteur.

Pas simple d’être un professionnel de la RSE (Responsabilité sociale des entreprises) en 2026. Entre les aléas réglementaires induits par les lois omnibus (ces textes européens visant à simplifier le Green Deal), les remous géopolitiques et économiques, les résistances, le manque de temps ou de moyens, les difficultés sont nombreuses pour celles et ceux qui veulent contribuer à transformer durablement les entreprises. Une récente étude, réalisée par le Pacte Mondial de l’ONU, l’Institut de l’Économie Durable, Michel Page, Lefebvre Dalloz Compétences et Toovalu a d’ailleurs interrogé 260 professionnels de la RSE pour identifier les difficultés rencontrées à leur arrivée en fonction.

Les données montrent la persistance des difficultés historiques des acteurs du secteur. 59% des répondants disent ainsi manquer de moyens financiers pour mettre en place leur feuille de route RSE, et 54% disent manquer de moyens humains. Seuls 5% des répondants s’estiment par ailleurs très satisfaits des moyens à leur disposition.

Résistance au changement

La RSE est pourtant plus que jamais un enjeu structurel et systémique. Près d’un répondant sur deux estime ainsi que l’étendue du périmètre des missions RSE a été la principale difficulté de sa prise de poste. « Finalement, mon défi majeur a été l’étendue de mon scope. Le poste est très complet et il faut switcher constamment entre différents sujets, d’une pluralité folle, pour tenter d’avoir une vision à 360 degrés », témoigne ainsi Pierre Lebreton, chargé de mission RSE pour la Société anonyme d’économie mixte de Vendée. Pour les professionnels du secteur, les missions sont de plus en plus transversales, allant du reporting à la raison d’être en passant par la stratégie de décarbonation ou l’élaboration de feuilles de route sur l’économie circulaire ou les nouveaux modèles économiques. Le tout sans que les moyens suivent toujours cette expansion.

Les professionnels de la RSE pointent aussi, à près de 40%, la résistance au changement au sein de leur entreprise et la complexité des fonctionnements internes de leur organisation parmi leurs défis majeurs. « Le challenge, c’est de se faire connaître du terrain et de comprendre les réalités quotidiennes », estime ainsi Célia Foulon, responsable RSE du groupe de l’énergie Idex. L’objectif ? Convaincre la direction, les managers et les équipes, mais aussi les accompagner pour mettre en œuvre des changements structurels en gérant la complexité.

Quand les professionnels de la RSE traversent une crise de sens

Baisse du soutien des directions

Or pour les professionnels de la RSE, être soutenu dans leur organisation n’est pas toujours simple, notamment dans un contexte où les reculs en matière de durabilité se multiplient que ce soit dans les entreprises ou sur le plan réglementaire et institutionnel. Ainsi, si 90% des professionnels interrogés se disaient soutenus par leur direction au moment de leur prise de poste (en moyenne il y a quatre ans), ils ne sont que 75% à déclarer l’être aujourd’hui. Un déclin qui s’explique peut-être par une vision encore superficielle de la RSE dans de nombreuses entreprises : 36% des répondants seulement estiment que la RSE était perçue comme un engagement stratégique dans leur organisation au moment de leur prise de poste. 38% déclarent au contraire qu’elle était conçue comme un levier de communication et de conformité… forcément plus fluctuant.

A force, ces difficultés peuvent même devenir lourdes à porter pour les professionnels de la durabilité : un sur trois raconte ainsi les risques du piège de l’isolement au moment de leur entrée en fonction, et près d’un sur deux cite le sentiment d’illégitimité. Un syndrome de l’imposteur qui peut durer puisque près d’un interrogé sur trois raconte ainsi avoir mis plus d’un an à acquérir la reconnaissance interne dans son organisation (dont 12% qui estiment ne pas l’avoir encore complètement acquise).  Toutefois, les chiffres permettent également de mettre en lumière la structuration et la professionnalisation croissante du secteur ces dernières années. 42% déclarent ainsi être directement rattachés à leur direction générale, signe que le sujet est désormais pris en charge au plus haut niveau dans les organisations. Reste cependant à ce que les ressources et l’engagement suivent, pour rendre enfin la RSE plus opérationnelle.

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