TotalEnergies visé par une plainte pour complicité de crimes de guerre au Mozambique

Deux soldats gardent le projet Total Mozambique LNG à Afungi, dans la province de Cabo Delgado, au Mozambique, le 29 septembre 2022. Crédits : AFP
Deux soldats gardent le projet Total Mozambique LNG à Afungi, dans la province de Cabo Delgado, au Mozambique, le 29 septembre 2022. Crédits : AFP

TotalEnergies est visé par une plainte pour complicité de crimes de guerre, de torture et de disparitions forcées au Mozambique. La force opérationnelle chargée de la sécurité du site gazier opéré par la major est impliquée dans une attaque djihadiste qui a fait des centaines de victimes.

TotalEnergies est accusé de complicité de crimes de guerre, de torture et de disparitions forcées au Mozambique, où l’entreprise opère un projet de gaz naturel liquéfié, Mozambique LNG. Celui-ci a été mis à l’arrêt en 2021 après une attaque djihadiste ayant fait des centaines de victimes. Mais la major française vient d’annoncer la relance du projet, pour une mise en service espérée en 2029.

Selon l’European Center for Constitutional and Human Rights (ECCHR), l’ONG allemande à l’origine de la plainte, TotalEnergies a directement financé et soutenu matériellement la Joint Task Force (JTF), composée de forces armées mozambicaines, alors que celle-ci aurait détenu, torturé et tué des dizaines de civils sur son site gazier au Mozambique entre juillet et septembre 2021. La plainte a été déposée auprès du Parquet national anti-terroriste (PNAT), également compétent pour les crimes internationaux.

Soutien logistique

La plainte porte sur le « massacre des conteneurs » qui aurait eu lieu sur le site même de l’entreprise. À la suite d’une attaque contre la ville de Palma par le groupe armé Al-Shabab en mars et avril 2021, les forces armées mozambicaines comprenant des membres de la JTF auraient arbitrairement détenu des dizaines de civils dans des conteneurs métalliques situés à l’entrée du site gazier. Selon les allégations rapportées, les détenus auraient été torturés, victimes de disparitions forcées et plusieurs d’entre eux exécutés.

En 2020, TotalEnergies et le gouvernement du Mozambique avait signé un protocole d’accord pour la mise en place de cette Joint Task Force chargée d’assurer la sécurité des activités du projet Mozambique LNG, en échange d’un soutien logistique (nourriture, logement, matériel…). En 2024, plusieurs médias (Politico, Le Monde…) avaient révélé, grâce à la consultation de documents internes, que TotalEnergies savait que des exactions étaient commises sur son site gazier au Mozambique.

« L’implication directe de TotalEnergies auprès des forces armées locales et la gravité des allégations devraient conduire à l’ouverture d’une enquête par le Parquet. Les entreprises et leurs dirigeants ne sont pas des acteurs neutres lorsqu’ils opèrent dans des zones de conflit : ils peuvent engager leur responsabilité pénale en tant que complices s’ils facilitent ou alimentent des crimes », déclare Clara Gonzales de l’ECCHR.

Enquête préliminaire

Une première plainte avait été déposée en 2023 par des survivants et des proches des victimes de l’attaque. TotalEnergies est accusée de ne pas avoir assuré la sécurité de ses sous-traitants qui ont été pris pour cible et, pour certains d’entre eux, tués. En mars 2025, le procureur de Nanterre a ouvert une enquête préliminaire pour homicide involontaire et non-assistance à personnes en danger.

Dans un communiqué envoyé le 20 novembre, TotalEnergies rejette ces accusations. « A cette période, le personnel de Mozambique LNG n’était plus présent sur les lieux puisque le site avait été évacué début avril 2021″. En outre la major assure que « toutes les vérifications effectuées en interne et avec nos parties prenantes confirment que ni Mozambique LNG ni, a fortiori, TotalEnergies, n’avaient à l’époque des faits allégués reçu la moindre information suggérant la commission de tels actes ».

En France, l’affaire Lafarge a conduit à la mise en examen de l’entreprise et de ses dirigeants pour complicité de crimes contre l’humanité commis par Daech en Syrie, et un procès pour financement de terrorisme pour la société et quatre dirigeants en cours devant le tribunal judiciaire de Paris.

Outre les accusations de violations des droits humains, le projet Mozambique LNG est l’une aussi des bombes carbones menaçant les objectifs climatiques de l’Accord de Paris et pourrait contribuer à émettre jusqu’à 4,5 milliards de tonnes d’équivalent CO₂ au cours de sa durée de vie.

Mise à jour avec la réaction de TotalEnergies le 20 novembre

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