Rarement le Crédit Agricole avait connu une mobilisation sociale d’une telle ampleur. Jeudi 22 janvier, les salariés d’une trentaine de caisses régionales ont répondu à l’appel de l’intersyndicale pour dénoncer des salaires jugés insuffisants et exprimer leurs inquiétudes face aux projets de réorganisation du groupe.
« Une grande première ». Voilà comment les syndicats qualifient le mouvement social qui a secoué le Crédit agricole jeudi 22 janvier. L’intersyndicale rassemblant la CGT, l’Unsa, Sud-Cam, le Sniacam et la Sneca, avait en effet appelé les 78 000 salariés du groupe bancaire, répartis au sein de 39 caisses régionales, à un débrayage allant de quelques heures à une journée entière. Une mobilisation très suivie. « Il y a eu des mouvements dans plus d’une trentaine de caisses, rapporte à de Novethic Jean-Yves Salvat, secrétaire national de Sud-Crédit agricole Mutuel (Sud-Cam). Cela fait 25 ans que je travaille au Crédit Agricole, je n’avais jamais vu ça ».
Parmi les revendications portées par les représentants syndicaux revient en premier lieu la question des salaires. « En tant que banque mutualiste nous bénéficions d’augmentations générales chaque année. Habituellement on est plutôt vers le haut du panier là cette année on est complètement dans le bas », explique Jean-Yves Salvat. Des négociations menées en octobre ont abouti à une proposition de 0,5% d’augmentation au niveau national. Mais cette hausse ne concerne que 80% du salaire effectif des collaborateurs, le reste étant négocié localement sans garantie d’augmentation individuelle. Un résultat insatisfaisant pour les salariés, alors que le Crédit agricole a enregistré en parallèle un bénéfice net de près de 3,2 milliards d’euros durant les trois premiers trimestres de l’année 2025.
Un « plan d’efficacité »
« Non seulement on va avoir un pouvoir d’achat réduit, mais en plus on risque de ne plus faire le même métier dans les prochaines années », ajoute Jean-Yves Salvat. Car un autre sujet inquiète les syndicats. Début janvier, la Fédération nationale du Crédit agricole (FNCA) a annoncé la mise en place d’un « plan d’efficacité » qui pourrait impacter les emplois du groupe bancaire.
Contactée par l’AFP, la fédération nationale du Crédit Agricole assure entretenir « un dialogue social régulier et constructif sur ce programme avec l’ensemble des représentants des organisations syndicales de branche (CFDT, SNECA, SUDCAM) depuis plusieurs mois déjà ». Le plan « efficacité » vise à « rechercher les voies et moyens pour produire des processus de travail plus efficaces, plus fluides, plus efficients pour les clients et les équipes en profitant notamment des apports de la technologie et d’investissements des CR en commun dans le cadre de coopérations », indique la fédération.
« Nous sommes confrontés aujourd’hui à une concurrence d’acteurs qui ont des modèles de fonctionnement avec des niveaux de charges très réduits. Il est nécessaire de revisiter l’ensemble de nos process pour voir comment nous pouvons améliorer le service à nos clients, tout en gardant un œil sur le niveau de charges nécessaires pour assurer notre développement », ajoute Eric Gonce, directeur adjoint de la FNCA en charge de la transformation et de la performance, interrogé par Les Echos.
Efficacité ou réduction des coûts
Au programme, une mutualisation de certains métiers avec à la clé une potentielle réduction des postes, redoutent les salariés. « 20 caisses sur 39 s’occupent aujourd’hui des sinistres assurances décès. D’ici la fin de l’année il n’y en aura plus que trois, à Lille, Toulouse et Saint-Brieuc », détaille Jean-Yves Salvat. Une partie des salariés concernés par cette opération pourront être amenés à changer de fonction et ne dépendront plus de la même convention collective. « On craint qu’en regroupant des services dans les sièges et des agences, on perde à terme des emplois », complète le représentant syndical qui voit davantage le plan d’efficacité comme un « programme de réduction des coûts ». En 2025, 112 agences du groupe bancaire ont par ailleurs d’ores et déjà baissé le rideau, un chiffre deux fois plus important que les années précédentes.
Une restructuration qui ne concerne pas que le Crédit agricole. Le 22 janvier, la Société Générale a de son côté annoncé la suppression de 1 800 postes sur 40 000 d’ici 2027. Le projet de réorganisation, qui porte sur « plusieurs activités et fonctions centrales au siège, ainsi que l’organisation régionale de la Banque de détail », s’appuiera selon la direction sur l’attrition naturelle, c’est-à-dire les départs volontaires et en retraite, et les mobilités internes. Aucun plan de départs volontaires n’est cependant prévu. En 2025, le groupe avait déjà été marqué par un mouvement social très suivi, en réaction à un recul sur les conditions de télétravail. Fortement opposés à ces réorganisations, syndicats et salariés soupçonnaient alors un plan social déguisé.