Pour les salariés d’Alinea, l’espoir s’amenuise de jour en jour. Le principal repreneur de l’enseigne d’ameublement française a finalement fait marche arrière à quelques jours de la fin de la période d’observation. Face à une probable liquidation judiciaire, les employés se mobilisent pour obtenir des conditions de départ « dignes » et des reclassements internes dans les entreprises de la galaxie Mulliez.
Le sauvetage d’Alinea n’aura pas lieu. Inquiets pour leur avenir, les salariés de quatorze magasins, sur un total de 35, ont débrayé samedi 14 février durant deux heures. Une mobilisation organisée à l’appel de l’intersyndicale afin d’interpeller l’actionnaire principal de l’enseigne d’ameublement : la famille Mulliez. Car Alinea se porte mal. Placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Marseille le 20 novembre dernier, elle pourrait ne pas trouver de repreneur, alors que la période d’observation touche à sa fin.
« Cinq offres ont été formulées pour la reprise des murs, explique à Novethic Margaux Palvini, élue Force ouvrière au siège d’Alinea. Si le juge décide qu’elles sont suffisamment solides, 240 postes sur 1 200 pourraient être sauvés ». Les sites concernés seraient ainsi exploités sous d’autres marques, comme Ikea ou Grand Frais. Un sixième projet nourrissait davantage les espoirs des salariés : la reprise par la holding roumaine SDC Properties d’une vingtaine de magasins, de 575 emplois et du site internet marchand de l’entreprise. Mais le 12 février dernier, le groupe a finalement fait marche arrière en retirant son offre. « Ça a été une énorme surprise. Avec ce retrait, c’est l’enseigne Alinea qui s’arrête », confie Margaux Palvini.
47 millions d’euros de déficit
Un retournement de situation d’autant plus difficile à encaisser que les équipes d’Alinea n’en sont pas à leur premier redressement judiciaire. En 2020, lors de la crise sanitaire, l’enseigne avait déjà connu d’importantes difficultés économiques. Finalement reprise par ses actionnaires, elle avait néanmoins dû fermer 17 points de ventes et licencier près d’un millier de salariés. Quatre ans plus tard, Alinea intègre Zodio, une marque d’ustensiles de cuisine. « Ça a représenté un travail incroyable d’assimiler l’ensemble de ces employés pour les former, pour qu’ils deviennent des vendeurs non plus de casseroles mais de canapés, souligne Margaux Palvini. Ce sont des salariés qui ont subi un stress terrible en voyant un grand nombre de leurs collègues être licenciés. Un an plus tard, ils revivent la même chose ».
Le plan de transformation engagé par l’entreprise ne lui aura en effet pas permis d’atteindre la rentabilité comme prévu. En 2024, Alinea a enregistré 47 millions d’euros de déficit, pour un chiffre d’affaires de 162 millions d’euros. Il faut dire que la santé économique du secteur de l’ameublement n’est pas au beau fixe. Si le nombre de meubles mis en vente dans l’Hexagone a explosé durant les six dernières années, passant de 269 millions de pièces en 2017, à 586 millions d’unités en 2023, l’industrie française du meuble a vu ses volumes reculer d’un quart depuis 2019, d’après des données collectées par la fédération de l’Ameublement français. Résultat : 122 entreprises produisant des meubles ont fait face à des procédures judiciaires en 2024, toujours selon l’Ameublement français, tandis que 388 défaillances de distributeurs ont été enregistrées entre 2023 et 2024.
Colère contre la famille Mulliez
Pour expliquer ces difficultés, les effets conjugués de la crise de l’immobilier, de l’inflation et de la concurrence des géants de l’e-commerce Shein et Temu sont évoqués. Mais aussi certains choix stratégiques qui auraient mis en péril l’équilibre financier d’Alinea. « Le rachat de Zodio, ça a été un coût très important. C’est de l’argent qui n’a pas pu être employé à d’autres fins, estime Margaux Palvini. Les actionnaires ont décidé de faire d’une pierre deux coups en supprimant les brebis galeuses ». Les salariés demandent maintenant des conditions de départs « dignes » mais surtout la possibilité de bénéficier de reclassements internes, qui relèvent de « l’ordre du vital » pour certains employés ayant fait l’ensemble de leur carrière dans l’enseigne.
Ils espèrent ainsi pouvoir retrouver un emploi au sein de l’une des entreprises appartenant à l’Association Familiale Mulliez (AFM), comme Decathlon, Leroy Merlin ou Kiabi. Mais rien n’est moins sûr, car l’AFM constitue une galaxie à la structure complexe, mélangeant des sociétés civiles détenues par la famille et des holdings, et non un groupe à proprement parler. L’invalidation le 7 janvier dernier du plan social d’Auchan, autre entreprise de la galaxie Mulliez, pourrait toutefois leur donner raison. Par cette décision, la cour administrative d’appel de Douai pointe les liens entre la holding Suraumarché, à laquelle appartiennent Auchan et Alinea, et l’AFM, reconnaissant que toutes ces activités dépendent d’un seul et même groupe.
Plan social d’Auchan annulé : la justice met en cause l’organisation de la galaxie Mulliez
« L’ensemble des salariés est en colère contre la famille Mulliez qui refuse de prendre ses responsabilités, en se dédouanant complètement de leur structure de groupe, avance Margaux Palvini. Nous requérons vraiment cette reconnaissance. C’est le nerf de la guerre ». Pour l’heure, les revendications des syndicats et représentants du personnel restent lettre morte.