Que diriez-vous si on vous proposait d’échanger votre poste de travail, à missions et rémunération équivalentes, pour vous rapprocher de votre domicile ? Avec son « mercato des postes », le think tank Forum vies mobiles propose la création d’un nouveau droit dans le code du travail : le droit à l’échange de poste. Plus de 13% des salariés français pourraient être concernés.
Chaque matin, c’est la même rengaine pour une grande majorité de Français. Des bouchons interminables, des métros bondés, des trajets dont on ne voit pas le bout. Et tous les soirs, rebelote. En plus du stress et de la fatigue, ces trajets ont aussi un coût économique et environnemental important. Pour toutes ces raisons, le Forum vies mobiles, think tank expert de la mobilité, a dévoilé mardi 27 janvier « une proposition révolutionnaire » : le mercato des postes, ou autrement dit, le droit à l’échange de postes entre actifs exerçant le même métier et ayant le même niveau de rémunération, afin de rapprocher le lieu de travail du lieu de vie et de réduire ainsi les trajets domicile-travail.
Le potentiel serait « massif« , selon leurs estimations, puisque près de 4 millions d’actifs, soit 13,2% de l’ensemble des travailleurs, pourraient être concernés et profiteraient d’un poste dans leur commune de résidence. Le dispositif pourrait ainsi toucher 65 000 magasiniers, 42 000 serveurs, 50 000 agents hospitaliers ou encore 79 000 professeurs des écoles. « Il s’agit essentiellement de métiers postés, non télétravaillables », note Matthieu Bloch, pilote de l’étude au Forum Vies Mobiles, lors d’un point presse. Une partie des échanges (5%) pourraient notamment se faire au sein d’une même organisation, pointe l’étude.
Juridiquement compatible
Pour être opérationnel, le dispositif, qui prendrait la forme d’une plateforme nationale, devrait être inscrit dans le code du travail comme un droit accessible à tous. « La mesure est pleinement compatible avec le droit français en prolongeant des droits fondamentaux existants (respect de la vie privée et familiale, protection de la santé et de la sécurité, …) tout en encadrant les motifs de refus des employeurs », détaille le think tank.
Son coût est estimé à dix millions d’euros à la création, et cinq millions d’euros de fonctionnement chaque année. Mais les gains estimés seraient nettement supérieurs, estime le Forum vies mobiles : une réduction moyenne de 15 kilomètres par trajet domicile-travail, un gain de près de 50% du temps de déplacement, soit 34 minutes par jour travaillé, l’équivalent d’une semaine de temps libre retrouvé par an et une baisse des dépenses automobiles pouvant atteindre 1 500 € par an et par actif automobiliste.
Sur le plan environnemental, alors que les émissions liées aux déplacements domicile-travail représentent 4% des émissions nationales, le dispositif permettrait d’éviter jusqu’à 2,9 millions de tonnes de CO₂ par an. C’est près de 9% de l’objectif fixé à l’horizon 2030 par l’Etat. Il favoriserait en outre un report modal massif vers la marche (qui passerait de 0,7% à 35% des trajets) et le vélo, faisant baisser la part modale de la voiture de 3,4%. Pour rappel, les trois-quarts des déplacements domicile-travail sont aujourd’hui effectués en voiture.
Emancipation
« Cette étude montre qu’il est possible de réduire massivement les trajets domicile-travail au bénéfice des entreprises comme des actifs, en ouvrant simplement un droit à l’échange de postes. C’est une politique de sobriété concrète, émancipatrice et immédiatement activable que nous allons porter auprès des élus et des entreprises », commente Sylvie Landriève, directrice du Forum Vies Mobiles.
Plusieurs initiatives en ce sens avaient été lancées ces dernières années en France, à l’instar de Jeekan ou encore 1 km à pied pour aider les entreprises à mieux piloter les mobilités internes. « Nous nous appuyons dessus mais ce que nous proposons est bien plus massif et émancipateur puisque ça vient du salarié lui-même et non du département des ressources humaines », précise Sylvie Landriève. « C’est aussi un sujet qui monte dans les entreprises qui doivent réduire leurs émissions de CO2 et rendre des comptes dans leurs rapports extra-financiers », ajoute-t-elle.
Enfin, cela semble surtout répondre à une véritable demande des salariés. Selon un sondage OpinionWay de 2025, 61% des actifs se déclarent personnellement intéressés par une telle mesure et 39% des personnes estimant que leur poste est échangeable veulent tester. 83% des salariés disent également vouloir un travail accessible en moins de 30 minutes, pour ne plus être « esclaves du temps ». Chiche ?