L’Océan constitue l’un des piliers essentiels du vivant. Il abrite une biodiversité exceptionnelle, fournit des services écosystémiques indispensables et joue un rôle déterminant dans la régulation du climat. Malgré ces enjeux, l’Océan est longtemps resté relégué au second plan des négociations internationales. La 3ᵉ Conférence des Nations unies sur l’océan à Nice marque un tournant historique : elle ouvre la voie à une gouvernance internationale renforcée dès 2026, avec l’ouverture de la COP Océans et l’entrée en vigueur du Traité sur la haute mer. Ensemble, ces dynamiques annoncent un changement d’échelle pour la protection, la restauration et la gestion durable de l’océan.
Une dépendance écosystémique massive et sous-estimée
La pêche, l’aquaculture, le tourisme côtier, le transport maritime ou encore l’extraction de ressources minérales sont directement exposés à la santé des écosystèmes marins. Mais les études récentes montrent que de nombreux autres secteurs, qui ne sont pas traditionnellement associés à l’Océan, dépendent eux aussi des services fournis par ce dernier, notamment l’agroalimentaire, la cosmétique, l’énergie, la pharmaceutique ou même l’industrie technologique. Cette dépendance, souvent indirecte et diffuse au sein des chaines de valeur, s’accompagne également de risques sociaux majeurs : conditions de travail précaires, voire travail forcé, ou encore vulnérabilité accrue des communautés côtières face à la dégradation des écosystèmes marins.
L’engagement du secteur privé reste largement insuffisant
Malgré une prise de conscience progressive, l’engagement du secteur privé demeure limité. L’Objectif de Développement Durable 14, consacré à la vie aquatique, reste le moins financé des ODD et les flux mobilisés proviennent en grande majorité d’acteurs publics. Ce déficit de financement privé se reflète aussi dans le reporting : l’Océan apparaît rarement dans les analyses de double matérialité. La norme ESRS E5 de la CSRD qui traite des ressources marines et aquatiques est encore peu utilisée pour documenter les dépendances, impacts et stratégies des entreprises.
Ce manque d’engagement financier tient également à une sous-utilisation flagrante des outils de la finance bleue. Les Blue Bonds ou encore les fonds thématiques dédiés à l’économie bleue durable restent marginaux. Leur adoption est freinée par plusieurs facteurs : manque de standards harmonisés, perception d’un risque élevé, insuffisante maturité des projets etc. Les capitaux privés ne convergent donc pas encore suffisamment vers les solutions de développer une économie bleue réellement durable.
40 %
Part des emplois en France dépendants de l’Océan
<1 %
Part des financements privés dans le domaine océanique dans le total des investissements