Quatorze ans plus tard, la France publie sa feuille de route contre la malnutrition

Un enfant de moins de cinq ans sur trois souffre de malnutrition. - Unicef
Un enfant de moins de cinq ans sur trois souffre de malnutrition. – Unicef

C’est un fléau que les politiques publiques n’arrivent pas à endiguer. Alors qu’un quart de la population mondiale subit l’insécurité alimentaire, la France vient de se doter d’une feuille de route en la matière, quatorze ans après la dernière stratégie mise en place. En plus d’une décennie, la situation s’est considérablement dégradée et devrait s’aggraver avec le réchauffement climatique.

Quatorze ans. C’est le nombre d’années qu’il a fallu attendre pour que la France se dote d’une feuille de route contre la malnutrition. C’est dire si la stratégie mise en place en 2005 était obsolète au vu des grands changements qui ont marqué la dernière décennie, comme la crise alimentaire mondiale en 2008. Au total, c’est un quart de la population mondiale, soit plus de deux milliards de personnes qui vivent dans l’insécurité alimentaire.
"Des réformes importantes ont été engagées pour pallier les dysfonctionnements internationaux, mais force est de constater qu’en 2019 la sécurité alimentaire tend à se dégrader", reconnaît le Quai d’Orsay. "La cause principale de l’insécurité alimentaire reste la pauvreté des ménages ruraux, et cette insécurité peut être aggravée par les situations de conflits ou le changement climatique".
Développement de l’agroécologie
D’où le lancement, le 22 octobre dernier, de la nouvelle stratégie internationale de la France pour la sécurité alimentaire, la nutrition et l’agriculture durable, par Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères. D’autant que la lutte contre la malnutrition correspond au deuxième objectif de développement durable adopté par les Nations Unis en 2015.
La France a défini cinq axes de développement pour la durée 2019-2024, du développement des systèmes agricole et alimentaire durables comme l’agroécologie "pour faire face au changement climatique et à l’érosion de la biodiversité" à la structuration de filières agroalimentaires durables "pour favoriser la création d’emplois décents dans les territoires ruraux".
"L’agriculture est rarement une priorité, la nutrition encore moins"
Si la publication de cette nouvelle stratégie marque une avancée dans la lutte contre la malnutrition, certaines associations sont critiques. "Une analyse allant dans le bon sens mais des objectifs sans feuille de route ni indicateurs", dénonce dans un tweet la Coordination Sud. "Il n’y a par exemple aucun exemple chiffré de réduction des émissions de gaz à effet de serre", souligne dans le Monde Peggy Pascal, directrice du plaidoyer de CCFD-Terre solidaire. D’autant que l’Agence française pour le développement (AFD) témoigne dans le quotidien : "À l’heure actuelle, les demandes qui nous sont adressées concernent surtout les questions d’infrastructure, de pacification, d’éducation. L’agriculture est rarement une priorité, la nutrition encore moins".
Un problème d’autant plus important que, d’ici 2050, il faudra nourrir près de 10 milliards d’humains alors même que la planète va se réchauffer. "La sécurité alimentaire sera de plus en plus compromise par le changement climatique à venir en raison de la baisse des rendements, en particulier dans les régions tropicales, de l’augmentation des prix, de la réduction de la qualité des nutriments et des perturbations de la chaîne d’approvisionnement", a ainsi expliqué Priyadarshi Shukla, coprésident du Groupe de travail III du Giec. Si les températures mondiales augmentent de 2°C en moyenne, le risque d’instabilité de l’approvisionnement alimentaire sera hautement élevé, notaient les chercheurs du Giec en août dernier.
Marina Fabre @fabre_marina 

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