Quatre jours après les terribles explosions dans le port de Beyrouth qui a provoqué 158 morts, 6 000 blessés et plus de 300 000 sans abris, des dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés et ont tenté d’envahir les lieux de pouvoir de la capitale et les banques. En réponse, le Premier ministre annonce des élections anticipées.
Les Libanais ont fait éclater leur colère, samedi 8 août. L’explosion d’un stock illégal de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium dans le port de Beyrouth a mis le feu au poudre. Une foule massive de beyrouthins s’est réunie au mot d’ordre "Le Jour du jugement". Les sept millions d’habitants du pays pâtissent d’un gouvernement, au mieux défaillant, le plus souvent corrompu. En deux ans, la moitié de la population est tombée dans la pauvreté et la monnaie a perdu 80 % de sa valeur.
Les manifestants ont exprimé leur rejet de la classe politique. Certains ont brandi des noeuds coulants adressés aux dirigeants actuels. Des heurts ont éclaté vers la place des Martyrs, lieu de rassemblement traditionnel pour les manifestations dans la capitale libanaise. Des gaz lacrymogènes ont été tirés par les forces de l’ordre. Des tirs à balles réelles auraient eu lieu. Les protestataires ont répliqué avec des pierres.
Quartier général de la révolution
Selon un tweet de la Croix-Rouge libanaise, 63 personnes ont été blessées pendant la manifestation et transportées dans des hôpitaux, et 175 autres soignées sur place. De leur côté les forces de l’ordre comptent une victime. "Un membre des Forces de sécurité intérieure est décédé (…) en aidant des personnes coincées dans l’hôtel Le Gray", a fait savoir la police, ajoutant sans autre détail qu’il avait "été agressé par un certain nombre".
Des manifestants ont brièvement occupé des ministères lors d’opérations qui semblaient coordonnées. Le ministère des Affaires étrangères a été visé et brièvement investi. Les manifestants l’ont proclamé "quartier général de la Révolution". L’ex-général Sami Rammah a appelé dans un mégaphone au soulèvement et à la poursuite de "tous les corrompus" tandis que des manifestants décrochaient et piétinaient le portrait du président Michel Aoun.
Gabegie des services publics
Des révoltés ont aussi tenté de prendre le quartier général de l’Association des banques, y mettant le feu avant d’être délogés par l’armée, selon un photographe de l’Agence France-Presse sur place. Les protestataires ont également investi les ministères de l’Économie et celui de l’Énergie, symbole de la gabegie des services publics, les coupures de courant alimentant la gronde. "Nous sommes officiellement en guerre contre notre gouvernement", a déclaré une militante, Hayat Nazer.
Les banques sont la cible de la colère des manifestants depuis octobre en raison des restrictions draconiennes imposées sur les retraits et virements à l’étranger. Le Premier ministre libanais contesté Hassan Diab a annoncé samedi soir qu’il allait proposer des élections parlementaires anticipées. Le chef du gouvernement a estimé dans un discours télévisé que seules "des élections anticipées peuvent permettre de sortir de la crise structurelle". "J’appelle tous les partis politiques à s’entendre sur l’étape à venir", a-t-il ajouté.
Ludovic Dupin avec AFP