La vente par la société Defense Distributed de plans pour imprimer en 3D des armes à feu à domicile a soulevé la colère et l’inquiétude de plusieurs États américains. Ils craignent de voir ces armes indétectables se répandre dans la population. Une interdiction temporaire a été décidée, mais déjà des milliers de plans ont été achetés.
Avec une imprimante 3D et des plans téléchargés sur Internet, il est possible sans aucune connaissance technique de fabriquer des armes à feu chez soi. Entièrement en plastique (à l’exception des balles), ces armes sont indétectables aux portiques de sécurité. Sans numéro de série, elles ne sont enregistrées nulle part et sont donc intraçables. Depuis quelques semaines, l’entreprise Defense Distributed avait reçu l’autorisation de vendre ces plans en lignes.
Mais début août, après que ces fichiers aient été téléchargés des milliers de fois, c’est machine-arrière ! Dans le pays aux 300 millions d’armes à feu, même le Président américain Donald Trump, proche de la National Riffle Association (NRA), s’interroge. "J’étudie ces pistolets 3D en plastique vendus au public. J’en ai parlé avec la NRA, cela ne semble pas avoir beaucoup de sens !", écrit le résident de la Maison Blanche.
I am looking into 3-D Plastic Guns being sold to the public. Already spoke to NRA, doesn’t seem to make much sense!
— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) 31 juillet 2018
Aussi, la justice américaine a temporairement suspendu la mise en ligne de ces plans. Saisi en urgence, un tribunal fédéral de Seattle a fait droit à la demande des procureurs de huit États américains et de la capitale fédérale Washington. Le magistrat Robert Lasnik a indiqué qu’il examinerait le dossier sur le fond lors d’une nouvelle audience le 10 août.
Bataille judiciaire
La procureure générale de New York, Barbara Underwood, se félicite de cette décision : "Comme nous le disions dans notre plainte, il est fou de donner aux criminels les outils nécessaires pour fabriquer des pistolets imprimés indétectables et intraçables en appuyant sur un bouton".
#BREAKING: We just secured an order blocking Trump admin from allowing the distribution of plans to print 3-D guns. As we argued in our suit, it is crazy to give criminals the tools to build untraceable, undetectable 3-D printed guns at the touch of a button.
— NY AG Underwood (@NewYorkStateAG) 31 juillet 2018
Mais le fondateur de Defense Distributed, Cody Wilson, qui se définit comme un cryptoanarchiste, est bien décidé à se battre. Il juge que "l’âge des armes téléchargeables commence réellement". Suite à son interdiction d’activité, il déclare avoir "l’intention d’aller devant la justice". Selon lui, "les Américains ont le droit incontestable de partager cette information".
De son côté, Hogan Gidley, porte-parole de la Maison Blanche a affirmé qu’il était "actuellement illégal de posséder ou de fabriquer une arme à feu en plastique quelle qu’elle soit, y compris celles fabriquées par une imprimante 3D". Il ajoute : "Nous allons continuer d’examiner toutes les options à notre disposition pour faire le nécessaire afin de protéger les Américains tout en soutenant les premier et deuxième amendements" de la Constitution.
Cody Wilson avait déjà essayé de vendre des impressions 3D en 2013. Il s’agissait alors du "Liberator", une sorte de pistolet gossier en plastique, capable de tirer une balle. Mais cette diffusion avait été interdite après 100 000 téléchargements.
Ludovic Dupin avec AFP