Alors que le monde a les yeux tournés vers la révolte au Liban ou la marée noire à l’Ile Maurice, l’étau chinois se resserre autour de Hongkong. La loi de 30 juin sur la sécurité décidée par Pékin, autorise l’arrestation arbitraire de nombreux militants prodémocratie. Le 10 aout, l’interpellation du magnat de la presse Jimmy Lai par la police, semble mettre fin à la liberté de presse.
[Mis à jour le 10 août à 10h35] Lundi 10 août, Jimmy Lai, le grand patron du dernier grand média d’opposition à Hongkong, Apple Daily, a été arrêté au saut du lit. Toute la scène a été filmée et retransmise dans le pays, comme un message au peuple. Il s’agit là du premier grand coup d’éclat de la "police de sécurité nationale" mise en place début juillet. Dès le mouvement des Parapluies de 2014, cet homme avait été désigné par les médias d’État chinois comme l’ennemi public n° 1, le qualifiant de "traître" ou de "sécessionniste".
La police de Hongkong a déclaré l’avoir arrêté, ainsi que six de ses proches dont ses deux fils, pour "collusion avec des forces étrangères" et "fraude", sans plus de précision. Au début de l’été 2019, Jimmy Lai avait rencontré le secrétaire d’État américain Mike Pompeo et le vice-président Mike Pence pour les convaincre de soutenir le mouvement hongkongais. Parmi les représailles américaines récentes, on peut mentionner le gel par les États-Unis des avoirs de 11 dirigeants de Hongkong, dont la cheffe de l’exécutif, Carrie Lam.
Difficile de ne pas voir l’arrestation de Jimmy Lai comme une réponse de Pékin. De plus c’est la liberté de la presse qui meurt avec cette interpellation, assurent les Honhkongais. Pour autant les habitants n’abandonnent pas. "Comme le gouvernement ne veut pas que l’Apple Daily survive, nous autres, Hongkongais, devons le sauver nous-mêmes", témoigne l’un d’entre eux pour l’AFP. Aussi, la population achète massivement Appel Daily depuis deux jours. L’action du groupe a d’ailleurs explosé de 800 %.
La loi de sécurité nationale
Il n’empêche que, pendant que le monde a les yeux rivés sur la Covid 19, la Chine a repris le contrôle de Hongkong avec la loi draconienne sur la sécurité nationale, adoptée le 30 juin dernier. Elle donne aux autorités de nouveaux pouvoirs pour réprimer quatre types de crimes contre la sécurité de l’État : la subversion, le séparatisme, le terrorisme et la collusion avec des forces extérieures. L’incitation à la haine du gouvernement, le soutien aux sanctions étrangères et la perturbation du fonctionnement du gouvernement de Hongkong sont désormais considérés comme de tels crimes.
Pour Tony Chung, étudiant de 19 ans, interpellé pour avoir écrit sur les réseaux sociaux des messages "menaçant la sécurité nationale", "la nuit est tombée sur Hongkong". En dépit des assurances de Pékin selon lesquelles cette loi ne concerne qu’une minorité de personnes, du jour au lendemain, certaines opinions politiques pacifiques sont devenues illégales.
Une nouvelle rétrocession
"En une nuit, le changement a été si spectaculaire et important que cela a été comme une seconde rétrocession", a raconté à l’AFP Antony Dapiran, un avocat hongkongais auteur d’ouvrages sur la vie politique locale. "Je pense que personne ne s’attendait à ce qu’elle ait une telle portée, ni à ce qu’elle soit appliquée immédiatement et d’une façon si draconienne que toute une série d’agissements, auparavant tolérés, sont soudain devenus illégaux".
Depuis le 1er juillet, des écoles et des bibliothèques ont été contraintes de retirer des livres. Des enseignants ont reçu l’ordre de ne pas évoquer les questions politiques en classe. Les autorités ont invalidé 12 candidatures du mouvement en faveur de la démocratie pour les prochaines législatives. Pour Gwyneth Ho, qui fait partie des candidats disqualifiés pour ce scrutin, la suppression "manifeste et rapide » des libertés par la loi de sécurité fait entrer Hongkong " en territoire inconnu ». L’ancienne colonie britannique, rétrocédée à la Chine en 1997, devait pourtant bénéficier d’un régime d’exception jusqu’en 2047.
La remise au pas de toute opposition hongkongaise à la Chine fait écho au triste sort des Ouighours victimes de persécutions chinoises. Les appels au boycott des marques comme Nike et Apple bénéficiant du travail forcé auquel ils sont soumis, a fini par mobiliser la communauté internationale après des mois de bataille isolée des défenseurs des droits humains. Mais à Hongkong la nuit tombe sur six ans de combat acharné de la population sans qu’il semble possible de lever le rideau de fer chinois.
Ludovic Dupin, @LudovicDupin