[2010-2020] Me Too, le jour où la parole des femmes s’est libérée

Les agressions, harcèlements, viols... ne sont plus considérés comme des faits divers. - Mathieu Menard / Hans Lucas
Les agressions, harcèlements, viols… ne sont plus considérés comme des faits divers. – Mathieu Menard / Hans Lucas

C’était en 2017. L’affaire Weinstein a été l’étincelle d’un mouvement, puissant, inédit et mondial : Me Too. Des milliers de femmes ont témoigné de leur quotidien, empreint de harcèlement et de violences sexuelles. Si les effets de cette vague sont encore flous, elle a marqué un tournant qui s’est poursuivi jusqu’à l’affaire Adèle Haenel. À l’occasion de l’entrée dans les années 2020, les journalistes de Novethic témoignent des événements de la décennie passée. 

C’est l’histoire d’un homme qui court après une femme, en pleine nuit, le pénis découvert. C’est l’histoire d’un homme qui se frotte à une femme, dans un métro bondé, en ayant une érection. C’est l’histoire d’un homme qui fait chanter son assistante : une faveur sexuelle contre un poste. Ces histoires, ce sont celles de mes amies, Sarah, Fanny et Leila. Elles étaient recouvertes d’un voile, le voile de la honte, du privé, de l’intime. Et puis il y a eu Me Too. 
De faits divers à fait de société 
D’un coup, des millions de femmes ont dénoncé les violences, le harcèlement, les agressions sexuelles et viols dont elles ont été victimes à l’appel de l’actrice Alyssa Milano aux États-Unis*. En France, c’est la journaliste Sandra Muller qui lancera le mot clé Balance Ton Porc. Les expériences de ces femmes, longtemps placardisées dans l’intime, étiquetées dans les colonnes des journaux comme faits divers, sont devenues un fait de société. Leur histoire est devenue l’Histoire. Et l’étincelle s’appelle Harvey Weinstein. 
Ce producteur, accusé en 2017 par plusieurs actrices et collaboratrices de viols et d’agressions, a été mis à nu par le New York Times qui a enquêté pendant des mois sur ses pratiques criminelles. Si cette affaire est le déclencheur d’un mouvement d’une ampleur inédite, Me Too est allé plus loin. Cette vague de témoignages a montré que "les monstres n’existent pas". Les harceleurs, les agresseurs, les violeurs sont des hommes construits par notre société. D’où l’absolue nécessité de repenser la masculinité hégémonique pour sortir des rapports de domination à l’œuvre. 
L’affaire Adèle Haenel n’est pas l’Affaire Ruggia 
Aujourd’hui, les conséquences de Me Too sont encore floues. Roman Polanski peut toujours faire la Une de Paris Match et Tariq Ramadan est toujours invité chez Jean-Jacques Bourdin. Mais on ne peut nier une prise de conscience collective. Le taux de plaintes a bondi. Wall Street a introduit une "clause Weinstein" pour prévenir des scandales sexuels. Emmanuel Macron a fait de l’égalité entre les femmes et les hommes une grande cause nationale. Mais surtout, il y a Adèle Haenel.
Dans une vaste enquête publiée en novembre par Médiapart, l’actrice césarisée accuse le réalisateur Christophe Ruggia d’agressions sexuelles de 2001 à 2004 alors qu’elle était âgée de 12 à 15 ans. Sa parole est le fruit, la continuité du mouvement Me Too. Elle est mûre, responsable et brise l’omerta. Adèle Haenel parle d’elle, mais surtout de nous. Sa parole est politique. Sa parole est puissante. Et contrairement à l’affaire Weinstein, il n’y a pas d’affaire Ruggia, il y a l’affaire Adèle Haenel. Car c’est elle, aujourd’hui, qui a le pouvoir. Et cela change tout. 
Marina Fabre, @fabre_marina
*Le mouvement Me Too a en réalité été lancé par l’activiste afroféministe Tarana Burke en 2007. Il a été repris, dix ans plus tard, par l’actrice Alyssa Milano avec le succès qu’on connaît.
Décennie

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