[Mise à jour vendredi 9 juin 2017] : Les conservateurs ont emporté les élections législatives anticipées. Mais avec une quinzaine de sièges en moins, ils ont perdu la majorité absolue. Le Brexit sera plus discutée avec cette nouvelle Assemblée plus diverse.
Une sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne aura des impacts majeurs sur de nombreux secteurs : agriculture automobile, finance, nucléaire… L’élection législative du 8 juin pourrait toutefois remettre en question cette décision si les travaillistes de Jeremy Corbyn viennent disputer la majorité absolue des conservateurs à la chambre des communes.
Le 8 juin, le Royaume-Uni tient ses élections législatives anticipées dans un climat de grande tension. Le pays lourdement frappé par les attentats à Manchester puis à Londres ces dernières semaines a mis la sécurité au cœur de la campagne. Et contre toute attente, les conservateurs du Premier ministre Theresa May se retrouvent talonnés par les travaillistes de Jeremy Corbyn.
Dans ce duel, c’est la question de la sortie britannique de l’Union européenne qui se retrouve aussi en jeu. Le "Leave" a été voté par referendum le 26 juin 2016 et acté par l’activation de l’article 50 du traité européen le 29 mars dernier. Si Theresa May perd sa majorité absolue à la chambre des communes, le plan de sortie de l’Union européenne pourrait être remis en question. Les Britanniques ajoutent donc de l’incertitude à l’incertitude car le Brexit impacte déjà des grands pans de l’économie.
Risque de perte de ressources et de main d’œuvre pour l’agriculture
4 milliards d’euros. C’est la somme que l’Union européenne verse chaque année au Royaume-Uni dans le cadre de la PAC, la politique agricole commune. L’agriculture britannique pèse peu dans l’économie du pays (0,7 %), mais elle emploie près de 475 000 travailleurs directs, dont 7 % de travailleurs étrangers. "La perte de main d’œuvre post-Brexit pourrait avoir un effet dévastateur sur le secteur de l’horticulture", estime Meurig Raymond, président du NFU (National Farmer’s Union of England and Wales).
De façon générale, le secteur est très lié à l’Union européenne. 70 % des importations alimentaires du Royaume-Uni proviennent de l’Union européenne. À l’inverse, 60 % des exportations alimentaires britanniques sont destinées aux pays membres de l’UE. Les agriculteurs craignent qu’en l’absence d’accord entre le gouvernement britannique et Bruxelles, les règles douanières de l’OMC, l’Organisation Mondiale du Commerce, soient appliquées. Soit un droit de douane de 10 % sur chaque produit importé ou exporté.
Le secteur automobile britannique menacé par la délocalisation
57 % des 1,7 million de véhicules produits au Royaume-Uni ont été exportés dans l’Union européenne. Inversement, l’Europe fournit 65 % des composants des véhicules fabriqués au Royaume-Uni. "L’industrie automobile britannique est fortement intégrée à l’industrie européenne", explique la SMMT (Society of Motor Manufacturers and Traders) représentant plus de 30 constructeurs et 2 500 équipementiers automobilistes. Au Royaume-Uni, 800 000 emplois dépendent de ce secteur.
Avec le Brexit, les constructeurs craignent qu’en l’absence d’accord entre le gouvernement britannique et Bruxelles, les règles douanières de l’OMC, l’Organisation mondiale du commerce, soient appliquées. Soit un droit de douane de 10% sur chacune des voitures assemblées au Royaume-Uni. Jaguar Land Rover a ainsi estimé à 1,47 milliard d’euros les pertes sur ses bénéfices annuels. Un calcul qui confirme son choix d’ouvrir une usine en Slovaquie.
D’autres constructeurs remettent en question leurs implantations dans le Royaume. Le groupe BMW a confié au journal économique allemand Handelsblatt réfléchir à la construction de la prochaine génération de sa Mini électrique non pas au Royaume-Uni, comme cela était prévu, mais en Allemagne ou chez son sous-traitant Nedcar aux Pays-Bas. En octobre 2016, c’est Carlos Ghosn, le patron du géant Renault-Nissan, qui disait hésiter à investir davantage dans son usine Nissan de Sunderland, située au nord-est de l’Angleterre.
Londres reste la place de la finance verte mais Paris est en embuscade
Londres affirme contribuer depuis dix ans au financement de la transition vers une économie bas-carbone et durable grâce à des produits innovants dans deux domaines : le financement vert – en obligations et en actions-, et des services comme l’analyse et les indices dits bas-carbone. Et à en croire la place financière de Londres, le Brexit n’y changera rien.
"Le Brexit concerne beaucoup plus les fonds d’investissement qui ont besoin du passeport européen. Il aura moins d’impact sur les infrastructures de marché comme l’industrie des indices dont Londres devrait rester le centre dans les années à venir", analyse Philippe Zaouati, l’un des animateurs de l’Initiative de promotion de Paris en tant que place financière verte et durable.
Pour autant, le Brexit va représenter une opportunité pour la France. "Paris a de vrais atouts pour devenir un acteur majeur de l’offre d’actifs financiers verts, précise-t-il. Elle peut non seulement jouer un rôle important sur les green bonds mais aussi construire toutes sortes de produits adaptés au financement de la transition écologique et énergétique à l’image de prêts immobiliers verts ou des fonds d’infrastructures. La France est le seul pays qui permet aux fonds dont les qualités environnementales sont solides de bénéficier d’un label public comme le label TEEC."
L’Europe du nucléaire vacille
En activant l’article 50 sur la sortie de l’Union européenne en mars dernier, la Première ministre Theresa May a initié aussi la sortie d’Euratom. Signé à Rome le 25 mars 1957 par les six pays fondateurs de l’Union européenne, ce traité a pour but de mettre en commun les efforts européens de recherche pour créer une industrie européenne nucléaire forte à même de favoriser l’indépendance énergétique de l’Union.
Le premier coup dur est pour Paris. Avec le départ du Royaume-Uni, la France perd un puissant allié, en particulier face à Berlin. Depuis que la chancelière Angela Merkel a annoncé la sortie du nucléaire, l’Allemagne œuvre pour que tous les fonds d’Euratom soient orientés vers des programmes de démantèlement plutôt que dans des initiatives de recherche sur la fission nucléaire, comme le souhaite la France.
Le second perdant est la sûreté nucléaire. Selon Paul Dorfman, professeur à l’Energy Institute de l’University College of London, "quitter Euratom est une situation perdant-perdant pour tout le monde. Pour les pro-nucléaires, l’industrie va devenir moins compétitive. Pour les opposants, c’est une perte en matière de sûreté". En effet, l’Agence Internationale de l’Energie atomique (AIEA) a confié à Euratom une partie de ses missions de contrôle de la sûreté et de lutte contre la prolifération nucléaire. Or, les laboratoires britanniques assurent une partie de ces contrôles. Il va donc falloir repenser toute une part de la sûreté en Europe.
La rédaction, @Novethic