En 2016, le Canada a autorisé la commercialisation de saumon transgénique, une première mondiale. 4,5 tonnes ont ainsi été vendues dans l’année… sans que les consommateurs n’en soient informés. La réglementation canadienne n’oblige pas les industriels à un étiquetage spécifique. Face à la fronde des associations environnementales et de consommateurs, plusieurs grandes chaînes ont annoncé le boycott de ce produit.
4,5 tonnes. C’est la quantité de saumon transgénique que l’entreprise américaine AquaBounty Technologies dit avoir vendu dans les enseignes canadiennes en 2016. Le Canada est le seul pays au monde à autoriser la commercialisation de ces saumons OGM. En mai 2016, AquaBounty a obtenu le feu vert des autorités sanitaires, après 25 ans d’attente, pour commercialiser son produit.
Ce saumon, baptisé AquaAdvantage, consomme 25% de nourriture en moins qu’un saumon atlantique traditionnel, explique l’entreprise. En 1989, une équipe de recherche a ainsi trouvé comment accélérer la croissance de ce saumon grâce à l’introduction d’un gène dans son génome. Il faut seulement 16 à 18 mois à l’AquaAdvantage pour atteindre la taille adulte, contre 28 à 36 pour un saumon non transgénique.
Élevé "à proximité des principales régions métropolitaines", son empreinte carbone serait "23 à 25 fois inférieure à celle d’un saumon d’élevage traditionnel", se targue AquaBounty.
"Les consommateurs sont les premiers cobayes de cet animal génétiquement modifié"
Il est pourtant décrié par les associations écologistes et de consommateurs. Les premières s’inquiètent du danger que pourraient provoquer ses poissons dans la nature. Les secondes dénoncent qu’aucune réglementation n’oblige les industriels à indiquer sur l’étiquetage la caractéristique principale de ce poisson.
"Les consommateurs du Québec et du Canada deviennent à leur insu les premiers cobayes de cet animal génétiquement modifié. En l’absence d’étiquetage obligatoire, on ne peut toujours pas faire un choix éclairé", commente Thibault Rehn, coordinateur de l’association Vigilance OGM. Au Canada, les produits doivent être étiquetés seulement s’ils représentent un risque. Or, les autorités sanitaires ont estimé, après plusieurs années de tests, qu’il n’y en avait aucun.
Après l’avoir autorisé, les États-Unis l’interdisent
Plusieurs grandes entreprises de distribution ont pourtant décidé de boycotter ce produit : les trois canadiens Loblaw, Sobeys et Metro, ainsi que le géant américain Costco. Mais il est difficile d’avoir ce niveau d’exigence aux "fournisseurs de produits transformés". Selon le Journal de Montréal, "les compagnies qui font du saumon fumé ou congelé, des pâtés ou rillettes" passent entre les mailles du filet.
De leur côté, les États-Unis avaient dans un premier temps, autorisés ce saumon transgénique. Mais face à la pression qui réclame la transparence sur l’étiquetage, la FDA, Food and Drug Administration, en a interdit la vente et travaille à une meilleure information des consommateurs.
Marina Fabre @fabre_marina