L’importance des préoccupations économiques dans les origines du mouvement des Gilets Jaunes a été prouvée par plusieurs enquêtes. Mais le conseil d’analyse économique (CAE) a été plus loin dans l’analyse. Si la question de l’emploi et des conditions économiques sont prégnantes, la perte des commerces de proximité et équipements publics de santé ou culturels pèsent également largement dans la mobilisation des populations.
Il y a un peu plus d’un an, le mouvement des Gilets jaunes mettait en lumière la colère d’une population rurale délaissée. Les raisons de cette mobilisation diffuse, qui a pris corps à la faveur de la hausse de la taxe carbone mais aux revendications hétéroclites, commencent cependant à être analysées en profondeur. Le travail du Conseil d’analyse économique (CAE), organe rattaché au Premier ministre, sur le sujet – "Territoires, bien-être et politiques publiques" – est éclairant. Il distingue et hiérarchise des facteurs économiques, sociaux et territoriaux déterminants pour expliquer le malaise et la mobilisation des communes.
La dégradation des conditions économiques et sociales, déterminantes
Cinq facteurs ont été scrutés : l’emploi, la fiscalité locale, les équipements privés et publics, l’immobilier et le lien associatifs. Les communes les plus mobilisées ne sont pas forcément les plus démunies, mais celles dont les conditions de vie locales se sont le plus dégradées au cours de ces dernières années. Pour l’emploi, le revenu et la fiscalité, ce n’est pas tant leur niveau que leur dégradation qui est corrélé à la mobilisation. C’est aussi le cas pour le tissu économique et social local. La fermeture d’une supérette, souvent le dernier commerce de détail à rester ouvert dans les villages, est synonyme de disparition d’un lien de sociabilité.
Source : "Territoires, bien-être et politiques publiques", CAE, janvier 2020
"Pour maintenir le même niveau de bien-être suite à la perte d’une supérette, il faudrait compenser en augmentant le niveau de vie médian de la commune de 2 155 euros par an. Ce chiffre peut sembler très élevé. Il traduit néanmoins le fait que la supérette est souvent le dernier service à fermer dans la commune", soulignent les auteurs. Dans de nombreux villages, sa fermeture entraîne en effet celle du point postal, d’une station-service, d’un relais boulangerie…
Accorder plus de place au bien-être et aux initiatives locales dans les politiques territoriales
Autre type d’équipements dont la disparition pèse sur la mobilisation : les établissements de santé (notamment gynécologiques), les lieux culturels, les librairie-papeteries et les lycées. Les 30 % de communes où le temps de trajets est supérieur à 25 minutes pour atteindre des équipements de proximité de service (poste, plomberie, garage), de santé, de sport ou d’enseignement sont particulièrement propices à la mobilisation. Cela représente cinq millions de personnes. À l’inverse, un tissu associatif dense peut réduire la probabilité d’un événement Gilets jaunes mais dans une moindre mesure statistique.
Au regard de leur analyse, les auteurs recommandent de redéfinir les objectifs des politiques territoriales. L’objectif serait d’accorder plus de place aux critères de bien‐être, de privilégier les projets initiés localement plutôt que des politiques centralisées, et de favoriser l’accès aux services, privés ou publics, afin de préserver le lien social. Une note qui devrait intéresser à quelques mois des élections municipales…
Béatrice Héraud, @beatriceheraud