Ce n’est pas un message anodin. Onze ministres de l’Environnement de l’Union Européenne, dont la France, ont signé une tribune appelant à ne pas oublier la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la biodiversité, dans l’urgence de la reprise économique. Le risque de recul sur les normes environnementales est en effet bien réel. Les ministres de l’Environnement appellent à "résister à la tentation de solutions à court terme".
Mais les ministres de l’Environnement veulent penser à l’après crise. "Nous devrions nous préparer à reconstruire nos économies en introduisant des plans de relance destinés à redonner à l’Europe et à ses citoyens un progrès et une prospérité rénovés et soutenables", écrivent-ils dans un texte publié par le site Climate Home News.
Leur crainte, partagée par de nombreux acteurs de l’économie durable, est que les gouvernements préfèrent relancer l’économie le plus vite possible en reculant sur les normes environnementales et climatiques pour ne pas risquer d’entraver l’activité des entreprises. "Nous devons résister à la tentation de solutions à court terme en réponse à la crise actuelle qui risquent d’enfermer l’Union européenne dans une économie basée sur les énergies fossiles pour des décennies", avertissent-ils.
Un risque bien réel
Les risques sont bien réels. Certains constructeurs automobiles commencent ainsi à demander un report des normes européennes sur les émissions des véhicules entrées en vigueur début janvier 2020. "La leçon du Covid-19 est qu’il est essentiel d’agir rapidement. Nous devons donc tenir nos ambitions pour réduire les risques et les coûts de l’inaction dans les domaines du changement climatique et de la perte de biodiversité", poursuivent-ils.
Les onze ministres appellent à une "réponse européenne commune" dans le cadre du "Green deal" européen annoncé par la Commission européenne, et à "accroître les investissements, particulièrement dans les domaines de la mobilité soutenable, de l’énergie renouvelable, la rénovation des bâtiments, la recherche et l’innovation, le rétablissement de la biodiversité et l’économie circulaire".
Le Green deal européen, ou Pacte vert, a été présenté par Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, dès son entrée en fonction au mois de décembre 2019. Il prévoit d’inscrire la neutralité carbone de l’Europe d’ici 2050 dans une loi européenne, et de verdir tous les secteurs de l’économie. Il s’accompagne d’un plan d’investissement qui devrait mobiliser jusqu’à 1000 milliards d’euros sur les dix prochaines années.
Un signal politique fort
Le texte a été signé par les ministres autrichien, danois, italien, finlandais, français, letton, luxembourgeois, néerlandais, portugais, espagnol et suédois. La ministre française Élisabeth Borne a annoncé sa signature sur Twitter, écrivant que "la France est également à l’initiative d’un courrier à l’attention de la Commission européenne qui va dans ce sens". Neuf ONG, dont la Fondation Nicolas Hulot et la branche européenne de 350.org ont de leur côté apporté leur soutien à l’initiative des ministres européens, estimant que nous traversions "un moment de vie ou de mort pour l’Union européenne et notre planète".
AFP