A eux trois, les États-Unis, le Royaume Uni et le Brésil comptent 250 000 morts du coronavirus au 7 juillet. Ce décompte macabre témoigne des risques que font courir à leur population les dirigeants populistes de ces pays en traitant le virus par le mépris. Si Jair Bolsonaro et Boris Johnson sont tombés malades, Donald Trump continue à bénéficier d’une protection qu’il attribue à l’hydroxychloroquine. S’ils ont perdu la confiance d’une partie croissante de leur population, ils gardent un socle d’inconditionnels.
Et de deux, Jair Bolsonaro, le président brésilien, est désormais atteint du coronavirus tout comme Boris Johnson il y a quelques semaines. Avec Donald Trump ils forment le trio de dirigeants populistes qui ont préféré traiter le virus par le mépris, rejetant le port du masque et serrant ostensiblement les mains des uns et des autres. Cette absence d’exemplarité explique en grande partie leur terrible bilan : 250 000 morts et au moins 5 millions de personnes contaminées.
Cette hécatombe aurait dû précipiter la chute des dirigeants populistes arrivés au pouvoir avec des slogans simples pour des problèmes complexes. "Faire le Brexit" pour Boris Johnson, "rendre sa grandeur à l’Amérique" pour Donald Trump, "Donner des armes aux Brésiliens" pour Jair Bolsonaro. Ces promesses simplistes sont d’autant moins tenues que la crise sanitaire et le désastre économique qui la suit constituent de nouveaux freins à leurs desseins. La contestation monte proportionnellement au nombre de morts. Manifestations aux États-Unis décuplées par le mouvement Black Lives Matter, défilés dans les rues brésiliennes, contestation du conseiller spécial de Boris Johnson Dominique Cummings, les trois populistes sortent très affaiblis de la crise du Covid-19 mais ils ne s’avouent pas vaincus.
Recherche de boucs émissaires
Persuadés que la meilleure défense c’est l’attaque, Donald Trump s’invente une menace des révolutionnaires "antifas", Boris Johnson demande à mettre plus de punch dans les négociations avec Bruxelles pour obtenir un accord de sortie dès juillet avec l’Union Européenne et, de plus en plus seul dans un gouvernement déserté, Jair Bolsonaro a même demandé en juin l’arrêt de la publication du bilan. Tout cela ne masque pas leur absence totale de crédibilité générée par leur mépris pour les considérations scientifiques.
Grâce au Covid-19, ils ne font plus illusion pour une part grandissante de leur population. Ils restent cependant soutenus par des fanatiques minoritaires mais déterminés, incapables d’admettre que la complexité de la crise actuelle nécessite d’avoir des dirigeants à la hauteur.
Ils n’ont pas perdu la partie pour autant. Tous trois doivent leur élection à des campagnes de propagande à base de diffusion massive de fakes news et de manipulations autour de boucs émissaires. La panique qui entoure la pandémie est un terrain très favorable aux campagnes des complotistes, à l’image de celles ciblant Bill Gates coupable d’avoir, avant tout le monde, alerté sur les risques de pandémie. Alors si les populistes ont perdu une manche avec le triste bilan du Covid-19, ils n’ont pas encore été défaits dans les urnes !
Anne-Catherine Husson-Traore @AC_HT_, directrice générale de Novethic