En 2013, la consommation de pesticide a augmenté de 9,2 %. Un chiffre qui démontre l’inefficacité du premier plan Écophyto. Issu du Grenelle de l’environnement, il visait à réduire de moitié la consommation de produits phytosanitaires d’ici à 2018. Un objectif repoussé vendredi 30 janvier à 2025 par Stéphane Le Foll. Le ministre de l’agriculture souhaite s’insp l’agroécologie. Une approche loin de faire l’unanimité chez les agriculteurs.
« Les produits phytosanitaires sont comme une bombe à retardement ». Dans une longue interview accordée au journal Libération http://www.liberation.fr/economie/2015/01/29/les-produits-phytosanitaires-sont-comme-une-bombe-a-retardement_1191626stéphane le Foll estime que la France est au pied du mur. Pour réduire de 50 % la consommation de pesticides, le ministre de l’environnement souhaite installer l’agroécologie au cœur des filières industrielles agricoles françaises.
En 10 ans, le nombre de fermes pionnièresÉcophyto (les exploitations DEPHYhttp://agriculture.gouv.fr/Focus-sur-les-fermes-DEPHY)devrait passer de 2 000 à 3 000. Le ministre souhaite ainsi diffuser les bonnes pratiques en la matière. Un logiciel permettra aussi aux agriculteurs d’évaluer leur engagement dans l’agroécologie.
Un dispositif expérimental de de certificats d’économie de produits phytosanitaires (CEPP) sera aussi mis en place. Les distributeurs auront l’obligation de baisser de 20 % le nombre de doses utilisées. En cas de non-respect de ce quota, une sanction économique sera appliquée. Selon Stéphane Le Foll, cette sanction correspondra à la « marge nette » des distributeurs. Les entreprises les plus économes pourront en revanche revendre leurs quotas à d’autres acteurs moins vertueux.
Le pari de la pédagogie
Face aux réticences des syndicats agricoles, le ministre de l’agriculture se veut pédagogue : « si on ne fait rien, le jour où il y aura un problème, il faudra introduire des normes draconiennes d’un coup. Tout ce que les syndicats n’aiment pas ».
Pour tenter d’amadouer les géants du secteur, un objectif intermédiaire de 25 % de réduction de l’utilisation de ces produits à été fixé à 2020.
Pour Mathieu Orphelin, le porte-parole de la fondation Nicolas Hulot, cet objectif est parfaitement raisonnable : « Selon l’INRA (Institut national de la recherche agronomique), ce palier est atteignable sans modifier en profondeur les systèmes agricoles. En revanche pour atteindre les 50%, il ne suffira pas de développer le biocontrôle (utilisation de micro-organismes comme les insectes pour protéger les plantes http://agriculture.gouv.fr/Biocontrole ), les agroéquipements comme les caméras de surveillance, ou les fermes Dephy » .
Selon cette organisation non-gouvernementale (ONG), une baisse de la consommation semble possible avec les mesures proposées par le gouvernement. L’objectif de la réduire de moitié semble en revanche optimiste.
Le premier plan Écophyto, un échec total
Le premier plan Écophyto, lancé en 2008 à la suite du Grenelle de l’environnement, est loin d’avoir atteint ses objectifs. C’est ce que démontre le député socialiste Dominique potier. Dans un rapport paru en 2014 http://www.dominiquepotier.com/UserFiles/File/actus/point-detape-ecophyto-ccg-synthese-et-propositions.pdf, le parlementaire, qui est aussi agriculteur bio, met en lumière l’augmentation de l’utilisation des produits phytosanitaires.
Si l’utilisation de certains pesticides ont été interdits en 2008, notamment grâce aumoratoire français sur les néonicotinoïdes comme le Cruiser, le volume global n’a en revanche pas baissé. Il a même augmenté de 5% en moyenne entre 2009 et 2013 avec un pic à 9,2 % en 2013 selon les derniers chiffres du ministère de l’Agriculture.
Aujourd’hui encore la France est le 1er consommateur de pesticides en Europe et le 3ème au niveau mondial : 100 000 tonnes par an sont utilisées par l’agriculture pour produire notre alimentation.
La tendance semble d’ailleurs loin de se gripper, comme tend à la prouver la stratégie de la coopérative In Vivo. Le premier groupe coopératif agricole français vient en effet de se lancer dans la production de … pesticides.
Une catastrophe sanitaire aux effets biens connus.
Depuis 3 ans, les études montrant les conséquences des pesticides sur la santé humaine, l’eau et la biodiversité, se multiplient. Des résidus de pesticides ont été détectés dans 93% des cours d’eau (Commissariat général au développement durable http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/indicateurs-indices/f/1831/1902/pesticides-eaux-douces.html ), les populations d’abeilles ne cessent de décliner, avec une érosion des colonies de 30 à 70% selon les régions et la qualité de l’air se dégrade https://www.anses.fr/fr/content/contamination-de-l%E2%80%99air-par-les-pesticides .
En 2013, une étude collective de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) http://www.inserm.fr/actualites/rubriques/actualites-societe/pesticides-effets-sur-la-sante-une-expertise-collective-de-l-inserm insistait également sur les risques supplémentaires liés à l’usage des pesticides. Les agriculteurs et les riverains sont plus sujets que le reste de la population à développer des lymphomes, des leucémies ou la maladie de Parkinson.