Mauvaise période pour Bayer. Après son implant contraceptif Essure, c’est au tour de son stérilet Mirena de se retrouver sous les feux des critiques. Perte de cheveux, de libido, kystes… La liste des effets indésirables dénoncés est longue. À tel point que l’Agence française de sécurité du médicament (ANSM) a noté une recrudescence des signalements auxquels elle se dit "attentive". Aux États-Unis plusieurs plaintes ont été déposées contre Bayer.
Depuis le début du mois de mai 2017, sur les réseaux sociaux, les témoignages pleuvent. "J’ai développé plusieurs kystes ovariens depuis que je suis sous Mirena", raconte une femme sous anonymat, "je perds également mes cheveux qui tapissent les sols des lieux que je fréquente".
Le stérilet Mirena est un dispositif intra-utérien commercialisé par Bayer depuis vingt ans. Composé de plastique souple, il "agit en libérant un progestatif", une hormone diffusée de façon continue pendant une durée de 5 ans et qui permet de prévenir la fécondation.
Perforation de l’utérus, cancer du sein et infections
Depuis le 9 mai, jour de publication d’une enquête de TV5 Monde, l’affaire a pris une nouvelle tournure. En quelques jours, des milliers de femmes se sont inscrites sur le groupe Facebook "Victimes du Stérilet Hormonal Mirena". Le 12 mai, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) constatait même une "augmentation des déclarations d’effets indésirables susceptibles d’être liés au médicament Mirena".
Toutes racontent la multiplication d’effets indésirables depuis la pose du stérilet : vertiges, troubles de la libido, états dépressifs… Des effets secondaires possibles pourtant bien indiqués sur la notice du médicament. Il y est ainsi souligné que Mirena peut provoquer une perforation de l’utérus, des grossesses extra-utérines, des cancers du sein et des infections. Mais peu d’entre elles ont eu accès à cette notice, souvent laissée chez le gynécologue après la pose. Beaucoup dénoncent le manque d’informations et le peu d’écoute des professionnels de santé à ce sujet.
Colère des gynécologues
En réponse à ces témoignages, le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) a publié un communiqué intitulé "Mirena – Vague médiatique". "Les réseaux sociaux s’agitent et le mouvement s’amplifie en raison du relai assuré par certains médias", écrivent-ils, "Mirena est très utilisé et les gynécologues sont nombreux à en avoir une expérience conséquente auprès de leurs patientes. Les effets secondaires cités, bien que possibles et signalés dans la notice du dispositif, ne sont pas fréquents", assure le CNGOF. "Les réseaux sociaux se sont faits une spécialité de dénigrer et accuser assez systématiquement notre profession".
L’ANSM se dit elle "attentive à cette augmentation des déclarations et à l’apparition de nouveaux signaux qui font actuellement l’objet d’investigations" et rappelle que l’Agence Européenne du Médicament mène actuellement une évaluation d’effets indésirables qui ne sont pas mentionnés dans les documents d’information. Les résultats sont attendus au mois de juin 2017.
Une action juridique en discussion
Un forum a été créé pour gérer au mieux les témoignages. Les futures plaignantes ont contacté l’avocat Charles Joseph-Oudin, qui a déjà pris en charge les plaintes des victimes présumées des implants contraceptifs Essure. Quant à Bayer, L’AFP rappelle que, dans son dernier rapport annuel, "Bayer faisait état au 23 janvier de procédures judiciaires intentées par environ 2600 utilisatrices du Mirena aux États-Unis".
Le géant pharmaceutique, contacté par Novethic, affirme que "la sécurité et l’efficacité du contraceptif intra-utérin Mirena ont été confirmées par des recherches scientifiques, ainsi que par l’expérience clinique de sa vraie vie, avec environ 300 000 poses par an en France". Comme pour les implants contraceptifs Essure, le géant pharmaceutique se dit "attentif aux témoignages exprimés par les patientes. Quelle qu’en soit la cause". Et souligne que la notice patiente et la notice médecin indiquent toutes les deux qu’un "suivi régulier de la patiente doit être instauré : examen clinique pour inspection des fils, et si nécessaire, échographie pelvienne 4 à 6 semaines après l’insertion, puis une fois par an, voire plus souvent si nécessaire".
Marina Fabre @fabre_marina