[Mis à jour le 5 juillet 2017] Ce mercredi, le tribunal correctionnel de Paris a condamné le pneumologue Michel Aubier à une peine de six mois de prison avec sursis et à une amende de 50 000 euros. C’est la première fois qu’une personne est condamnée pour avoir menti sous serment devant une commission d’enquête parlementaire. Interrogé par une commission sénatoriale sur le coût de la pollution de l’air, il avait omis de préciser qu’il était salarié depuis 1997 par le groupe Total.
Le 16 avril 2015, Michel Aubier était interrogé sur la façon dont l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris appréhendait la question des coûts économiques et financiers de la pollution de l’air, en particulier par la prise en charge des pathologies qui y sont liées. Sous serment, le pneumologue Michel Aubier a délibérément menti à la commission d’enquête sénatoriale, affirmant qu’il n’était pas en lien avec l’industrie pétrolière. Il avait alors estimé devant les parlementaires que le nombre de cancers liés à la pollution était "extrêmement faible".
Après des révélations publiées dans la presse, l’ex-chef du service pneumologie de l’hôpital Bichat a reconnu qu’il touchait de 50 000 à 60 000 euros par an du groupe pétrolier Total depuis la fin des années 1990. Le Sénat avait alors saisi la justice pour faux témoignage, ce qui n’était pas arrivé depuis 1958. Ce mercredi 14 juin, Michel Aubier comparaît devant le tribunal correctionnel de Paris pour "témoignage mensonger sous serment". Il encourt une peine de cinq ans de prison et 75 000 euros d’amendes.
Des sommes qui s’élèvent en fait à près de 175 000 euros
Mais selon les informations du Monde, les sommes dépassent largement les 50 000 à 60 000 euros annuels évoqués par le médecin. Michel Aubier, qui bénéficiait d’un contrat de médecin-conseil de la direction générale du groupe Total depuis 1997, a ainsi été rémunéré 109 956 euros en 2014, 106 787 euros en 2013 et 99 402 euros en 2012. Le pneumologue déclarait avoir perçu en plus 1 200 actions gratuites à la valeur unitaire de 51,29 euros, soit 61 548 euros rien que pour l’année 2014.
"Mon client a publié de nombreux articles scientifiques pour dénoncer les dangers de la pollution, assure Me Saint-Pierre, l’avocat de Michel Aubier interrogé par le quotidien. Il n’a jamais été un propagandiste du diesel." Me François Lafforgue, l’avocat des ONG Écologie sans frontière et Générations futures, parties civiles au procès, estime que "l’on peut s’interroger sur les positions a minima de Michel Aubier sur le caractère cancérogène du diesel notamment, alors qu’il ait été rémunéré plus de 100 000 euros par an par Total, qui est un important producteur d’essence et de diesel".
Le tribunal correctionnel de Paris a tranché. Il a condamné le spécialiste à une peine de six mois de prison avec sursis et à une amende de 50 000 euros. Un jugement plutôt clément puisque le délit de faux témoignage est passible de 75 000 euros d’amende et jusqu’à cinq ans de prison.
Concepcion Alvarez @conce1