Seize ans plus tard, la convention de Minamata sur le mercure entre enfin en vigueur

Les forces françaises en Guyane démantèlent un site d'orpaillage illégal, très émetteur de mercure dans l'environnement - @MinistereDefense
Les forces françaises en Guyane démantèlent un site d'orpaillage illégal, très émetteur de mercure dans l'environnement – @MinistereDefense

La convention de Minamata sur le mercure, un des dix produits chimiques les plus dangereux au monde, est entrée en vigueur le 16 août, après 16 ans de préparation. Elle prévoit l’interdiction de nouvelles mines de mercure et impose aux États de réduire les déchets liés aux activités humaines. Reste que la convention est très peu contraignante et que les pays se heurtent à de nombreuses difficultés, notamment en Guyane, où l’orpaillage illégal est un des principaux émetteurs de mercure dans l’environnement. 

On en parlait en 2001. On l’applique en 2017. La convention de Minamata sur le mercure, métal hautement toxique, est entrée en vigueur mercredi 16 août. Son objectif ? "Protéger la santé humaine et l’environnement contre les émissions et rejets anthropiques (liés à l’activité humaine, ndlr) de mercure", indique l’article premier de la convention car "le mercure est connu pour la gravité de ses effets neurotoxiques".
En témoignent les milliers de victimes de la ville de Minamata au Japon, qui a donné son nom à la Convention. Pendant plus de 30 ans, dans les années cinquante, une usine de produits chimiques a déversé dans la baie de la ville ses déchets liquides contenant notamment du méthyle mercure, empoisonnant les poissons. Ces derniers, consommés par les habitants, ont provoqué des troubles neurologiques importants ainsi que des malformations congénitales. Certaines études chiffrent à des dizaines de milliers le nombre de victimes.
Une convention peu contraignante
Pour encadrer ce métal au niveau mondial, la convention de Minamata, ratifiée par la France en août 2016, prévoit l’interdiction de nouvelles mines de mercure et la réduction des rejets anthropiques de mercure. Les thermomètres contenant du mercure ont par exemple été interdits par la France en 2000. Mais reste encore les amalgames dentaires qui devraient disparaître d’ici 2030.
Pour Human Right Watch, cette convention, signée par plus de 150 pays, "pourrait être bénéfique à des millions de personnes affectées par cette substance toxique (…) les gouvernements ont l’obligation de protéger leurs citoyens des effets nocifs du mercure et de mettre en place un contrôle des industries polluantes, telles que les exploitations minières aurifères artisanales et de petite échelle ainsi que les centrales électriques à charbon".
Un contrôle qui n’est pour autant pas contraignant. À la suite de plusieurs années de négociations avec les industriels, la nécessité d’enrayer la contamination mondiale par le mercure a certes été admise mais aucune mesure contraignante ne prévoit la décontamination des sites pollués ou l’indemnisation des victimes.
L’orpaillage illégal, un des principaux émetteurs de mercure dans l’environnement
En outre, il reste difficile pour les États, notamment pour la France en Guyane, de lutter contre l’orpaillage illégal, une des principales activités humaines responsables de l’émission de mercure dans l’environnement. En 2016, en Guyane, l’orpaillage illégal a connu une recrudescence avec 139 sites actifs découverts par le parc amazonien. Soit 24% de plus qu’en 2015.
Sans aucun respect des normes environnementales, les orpailleurs, principalement venus du Brésil, utilisent du mercure pour séparer l’or du minerai, à raison de 1,3 kg de mercure pour 1 kg d’or. Le métal contamine  les poissons et les sources d’eau potable des Amérindiens et des Bushinengués. En 2013, le CNRS avait ainsi trouvé des taux de concentration de mercure quatre fois plus élevés chez les populations locales que chez celles proches du littoral. 
Christiane Taubira, ancienne garde des Sceaux et députée de Guyane préconisait des conventions et traités avec les pays frontaliers pour lutter contre l’orpaillage. "La préservation de la biodiversité amazonienne ainsi que la gestion de ses ressources forestières, minières et aquatiques sont l’affaire des neuf pays liés par ces écosystèmes", affirmait-elle. 
Marina Fabre @fabre_marina   

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