Deux jours seulement après les révélations d’Europe 1 sur les agissements du cimentier Lafarge, accusé de déverser volontairement des eaux polluées contenant des particules de ciment et des tiges de fibre plastique dans la Seine à Paris, la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, annonce lancer une vaste opération de contrôle. La mairie de Paris va elle porter plainte et dénonce un "scandale écologique".
[Mise à jour le 3 septembre] Les accusations s’alourdissent pour Lafarge. Le 1er septembre, nos confrères d’Europe 1 affirmaient dans une enquête que le cimentier Lafarge déversait dans la Seine, près du quartier de Bercy à Paris, des eaux usées non traitées qui contiennent des particules de ciment et des tiges de fibre plastique. Dans une vidéo publiée par le média, on peut voir un ruisseau d’eau couler sur les quais.
Info @Europe1 : en plein Paris, le groupe Lafarge rejette directement dans la Seine les eaux usées de l’une de ses usines. Dedans, des particules de ciment, des liquides de traitement et des microfibres de plastique. https://t.co/2rx4VGVUNV pic.twitter.com/DdSxs4xkuD
— Margaux Baralon (@MargauxBaralon) September 1, 2020
C’est l’Association agréée de pêche et de protection du milieu aquatique (AAPPMA) qui a découvert cette pollution. Interrogée par Europe 1, l’association dénonce des rejets qui étouffent les poissons et polluent les algues. "Ce sont des matières qui sont totalement recyclables mais aujourd’hui, ils jettent ces déchets à l’eau", explique John Bochaud, membre de l’équipe. Alors que l’office français de la biodiversité a porté plainte, Lafarge, contacté par Europe 1 dit avoir été "victime d’une détérioration manifestement délibérée d’une plaque d’étanchéité qui a entraîné un écoulement temporaire d’eau recyclée dans la Seine". Le cimentier a lui aussi affirmé vouloir porter plainte.
Mais le lendemain, le média fait de nouvelles révélations. Selon Europe 1, Lafarge déverserait également depuis des années des eaux usées polluées sur autre site de la capitale, près du pont Mirabeau. Face à ces accusations, la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, a annoncé sur Twitter lancer "une opération de contrôle de l’ensemble des installations qui bordent la Seine en Île-de-France".
Ces actes sont intolérables. J’attends des explications du Groupe #Lafarge et j’ai d’ores et déjà décidé de lancer une opération de contrôle de l’ensemble de ses installations qui bordent la Seine en Ile-de-France. https://t.co/IAmtgzny7B
— Barbara Pompili (@barbarapompili) September 2, 2020
Plainte de la mairie de Paris
La maire de Paris, Anne Hidalgo, a dénoncé un "scandale écologique". Sur Twitter, son adjoint en charge de l’urbanisme, Emmanuel Grégoire, annoncé qu’une plainte serait déposée pour cette "pollution lente qui empoisonne notre fleuve". Mais ce n’est pas la première fois que la mairie de Paris est alertée sur ce sujet. La conseillère du 20ème arrondissement, Danielle Simonet (LFI) affirme avoir déjà prévenu la mairie de ce sujet. D’autant que, selon l’AAPPMA, des pêcheurs auraient effectué des signalements il y a déjà plusieurs années.
Je m’étrangle !!! Vous découvrez la pollution du site Lafarge dans la Seine ? Mais quand vous déciderez-vous à écouter mes interv’ et à lire mes vœux ? ! #Lafarge https://t.co/F6zJ2qwA6Y
— Danielle Simonnet (@Simonnet2) September 1, 2020
En avril 2019, c’était Vinci qui avait été épinglé pour avoir déversé des eaux de nettoyage dans une fosse à proximité de la seine. Le groupe avait écopé d’une amende de 50 000 euros.
L’ensemble du secteur BTP est montré du doigt depuis plusieurs années par les militants écologistes pour leur impact environnemental. En février dernier, les activistes d’Extinction Rebellion avaient bloqué les sites des cimentiers Lafarge et Cemex. "Leurs impacts sont catastrophiques pour les écosystèmes et questionnent sérieusement le futur et de nos villes et de nos campagnes. Les industriels en charge de ces chantiers refusent d’écouter les alertes des scientifiques et sacrifient ainsi notre avenir à des intérêts financiers à courts termes", dénonçaient les militants.
Marina Fabre, @fabre_marina