En salles depuis le 20 décembre, son Voyage au Pôle Sud fait en quelque sorte pénétrer les spectateurs dans ces grands espaces glacés et déserts. On n’aperçoit seulement la silhouette épisodique du cinéaste qui s’efface dans des terres aux arbres brûlés survolés par des condors dont on entend les bruissements d’ailes. Sa présence rare finit par perturber la contemplation de la beauté du monde menacée et de la baignade des phoques en liberté. Luc Jacquet espère ainsi provoquer un sursaut chez ceux qui verront son film pour qu’enfin ils s’engagent à protéger la nature inexorablement abîmée par les humains.
"J’ai un sentiment d’impuissance par rapport à la disparition progressive des glaciers", expliquait-il dans l’émission de France Inter Sous le soleil de Platon, "C’est assez désagréable parce que l’évidence intellectuelle, l’évidence scientifique, sont là. Je n’arrive pas à comprendre que l’être de raison que nous sommes censés être, n’arrive pas à faire le nécessaire pour inverser le cours des choses. Quel peut être le stimuli qui va nous faire sortir de l’impasse ?". Luc Jacquet parie sur l’ivresse du Grand blanc en la faisant partager car il sait qu’un rapport à la nature comme le sien est un trésor précieux et de plus en plus rare. "Je pense au gamin qui vit à Shanghai ou à Mexico, dans les méga city. C’est quoi la nature pour eux ? C’est quoi leur rapport à la planète ? C’est un truc au mieux, complètement abstrait. Au pire, ils s’en foutent parce qu’ils sont dans un monde qui n’a plus du tout accès à ça."
Un paradis blanc victime de la crise climatique
Difficile de ne pas sentir les menaces qui pèsent sur leurs modes de vie traditionnels quand on entre dans leurs maisons et qu’on les voit s’approvisionner à l’épicerie voisine qui scanne les produits avant de les encaisser. Les Inughuit continuent quand même à chasser à l’épuisette et proposent à leurs invités leur plat d’oiseaux même pas déplumés, un moment d’anthologie ! Quand ils prennent leurs traîneaux tirés par des chiens pour rejoindre des régions de chasse, on mesure l’impact du réchauffement climatique. Il n’y a plus de neige sur certains passages et les traîneaux ne peuvent plus glisser.
Anne-Catherine Husson-Traore, directrice générale des publications de Novethic