Un an après le lancement par Moody’s de sa méthodologie d’évaluation des obligations vertes, c’est au tour de sa concurrente, Standard and Poor’s, d’entrer dans la course. L’agence de notation financière vient de lancer son service d’évaluation verte et va plus loin avec une approche qui vise à mesurer le degré de "verdeur" d’un produit.
L’agence de notation financière Standard and Poor’s (S&P) vient d’annoncer qu’elle était désormais en mesure d’évaluer l’impact environnemental de produits financiers (obligations, prêts, titrisations et actions). Pour cela, elle se fonde sur la méthodologie Trucost, une société spécialisée dans les données environnementales et l’analyse des risques, rachetée à l’automne dernier par S&P Dow Jones Indices.
"Nous souhaitions répondre à la forte demande du marché en faveur d’outils plus solides de mesure du risque climatique et de l’impact environnemental, et offrir de véritables leviers d’action", explique Mike Wilkins, responsable de la recherche sur les risques environnement et climat chez S&P Global Ratings. "Nous avons développé cette approche après consultation des investisseurs, des émetteurs et autres parties prenantes, et nous sommes convaincus qu’elle établit une nouvelle norme dans le financement vert", ajoute-t-il.
Pas positif vers une standardisation
Comprendre : Standard and Poor’s va déterminer un degré de "verdeur" du produit notamment en fonction du secteur d’activité de l’entreprise. Ces critères environnementaux constitueront 60 % de la note finale, le reste étant basé sur la gouvernance (25 %) et la transparence (15 %).
"Cela va faciliter la vie des investisseurs et nous faire gagner du temps, témoigne Felipe Gordillo, analyste senior sur les critères ESG au sein de BNP Paribas Investment Partners. Nos clients nous attendent sur l’évaluation de l’impact vert qui est très compliqué à réaliser. Le secteur manque de normes et ce nouvel outil marque un pas positif vers une standardisation."
La demande sur ces critères progresse, notamment en France où les investisseurs institutionnels doivent désormais communiquer sur leur gestion des risques liés au climat, et plus largement l’intégration de paramètres environnementaux et sociaux dans leur politique d’investissement (article 173 de la loi de Transition énergétique).
Besoin des grands investisseurs classiques
Depuis quelques années, les agences de notation se positionnent sur les questions extra-financières et ont intégré les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). L’année dernière, Moody’s avait lancé son service d’évaluation des obligations vertes et S&P s’était engagée dans l’initiative des Nations Unies pour l’investissement responsable (UN-PRI). Avec cette nouvelle démarche, S&P va donc un peu plus loin.
"Il s’agit d’un événement majeur", réagit Felipe Gordillo de BNP Paribas. "Le fait qu’un acteur classique du marché obligataire se positionne sur ce sujet est une très bonne nouvelle et va permettre de renforcer la dynamique qui existe sur la transition énergétique, car les acteurs de l’investissement socialement responsable n’y arriveront pas seuls. Nous avons aussi besoin des investisseurs mainstream."
Selon une récente étude de l’OCDE, publiée en avril, les émissions d’obligations vertes pourraient atteindre 620 à 720 milliards de dollars par an à l’horizon 2035.