La Marche pour la science, une mobilisation décidée après l’investiture du président américain, a rassemblé samedi des milliers de personnes dans plusieurs villes des Etats-Unis et à travers le monde. Dans le cortège principal à Washington, des scientifiques et des enseignants notamment qui dénoncent la remise en cause générale du savoir scientifique et les réductions budgétaires drastiques pour la recherche.
Officiellement, la manifestation n’était pas partisane. Et de fait, peu de slogans vus dans les rues de Washington citaient nommément Donald Trump. Mais la Marche pour la science, organisée samedi 22 avril dans la capitale fédérale, ainsi que dans plus de 500 villes à travers le monde, a bien sonné comme une réponse directe à la politique menée par le nouveau président américain. "Cette administration est entrée en guerre contre la recherche alors nous voulons rappeler que la science est importante. J’espère que ce message sera entendu", résume en montrant du doigt la Maison-Blanche Eric Reed, directeur d’un centre de recherche en physique en Californie.
Blouse blanche sur le dos, ce scientifique participait, comme nombre de ses confrères chercheurs et enseignants, à la toute première manifestation de sa carrière. Signe que l’administration Trump malmène comme aucune autre avant elle la connaissance scientifique. "Les Etats-Unis ont eu 45 présidents mais nous n’avions jamais eu un président complètement indifférent à la vérité. A côté de Donald Trump, Richard Nixon ressemble à Diogène", a lancé, cinglant, Denis Hayes, le co-fondateur de la Journée de la Terre célébrée ce 22 avril.
Une administration ouvertement climato-sceptique
Depuis des années, Donald Trump répète que le changement climatique est un canular inventé par la Chine. Plusieurs membres de son administration sont ouvertement climato-sceptiques, à commencer par Scott Pruitt, le nouveau patron de l’Agence de protection de l’environnement (EPA). Il n’y a aujourd’hui aucun conseiller du président en charge de la science et aucun employé n’a été recruté pour le Bureau de la politique ‘Science et Technologie’ de la Maison-Blanche.
Cette rupture avec le monde scientifique commence à se traduire en actes : fin mars, Scott Pruitt a décidé de reporter à 2022 une éventuelle interdiction du chlorpyrifos, substance utilisée dans les pesticides. Et ce, alors qu’une étude des scientifiques de l’EPA publiée l’an dernier concluait au nécessaire retrait du marché de ce produit qui provoque des anomalies cérébrales importantes chez les enfants exposés in utero.
Les réductions budgétaires inquiètent
Autre front ouvert par l’administration Trump, celui des réductions budgétaires tous azimuts. Dans le projet de budget dévoilé le mois dernier, le président américain demande une réduction de 31% des moyens alloués à l’Agence de Protection de l’environnement ainsi qu’une baisse de près de 20% des fonds du National Institutes of Health, l’institution publique de référence en charge de la recherche médicale.
Parmi les personnalités qui ont participé à la Marche pour la science de Washington, la pédiatre Mona Hanna-Attisha. Cette lanceuse d’alerte a révélé le scandale de l’eau contaminée au plomb de la ville de Flint, dans le Michigan. "Un cas comme Flint, c’est ce qui arrive quand vous rejetez la science, quand vous rejetez les experts. Et je suis venue ici vous dire qu’on ne peut toujours pas boire de l’eau potable à Flint", a-t-elle confié en marge du défilé dans la capitale fédérale.
Trump défend l’environnement… et les emplois
Pour continuer à donner ce genre d’information, les scientifiques américains veulent continuer la mobilisation sur les réseaux sociaux. Les chercheurs écartés au moment du changement d’administration et ceux qui continuent à travailler mais avec difficulté à l’EPA, au sein des Parcs nationaux ou à la NASA par exemple ont commencé à se regrouper sur Twitter pour diffuser anonymement des informations.
C’est aussi sur Twitter que le président américain a répondu à la marche des scientifiques. Après avoir envoyé un communiqué de presse où il défendait la nécessité d’une "science rigoureuse" pour assurer la protection de l’environnement et la croissance économique, il a précisé sur son réseau social favori : "N’oubliez jamais que la croissance économique accroît la protection environnementale. Les emplois, ça compte !".