Un an jour pour jour, Nicolas Hulot tout juste arrivé au Ministère de la Transition écologique et solidaire, rebaptisé pour l’occasion, présentait son plan climat. Il avait alors suscité beaucoup d’enthousiasme car de nombreuses mesures apparaissaient très ambitieuses. À l’heure du bilan, si le ministre défend son action, les associations attendent plus de concret.
L’heure du bilan a sonné. Et de l’aveu de Nicolas Hulot lui-même, "il n’y a pas de quoi exulter". "Les nouvelles ne sont pas bonnes à l’échelle de la planète, ni en France. C’est le signe que notre logiciel économique n’a pas tout à fait changé", a-t-il déclaré ce vendredi 6 juillet. Mais "on a avancé, on a accéléré", a-t-il toutefois ajouté annonçant que chaque année un bilan d’étape serait fait.
C’est donc le verre à moitié plein que le ministre de la Transition écologique semble avoir choisi de voir. Dans une interview au Parisien pour le lancement de son plan biodiversité le 4 juillet – présenté en grandes pompes par Édouard Philippe et 12 ministres – il assure qu’il ne "prendra pas de vacances avant cinq ans", laissant entendre qu’il ne démissionnera pas.
Il faut dire que le Premier ministre et le président ont multiplié les signaux en faveur de l’ancien présentateur TV ces dernières semaines. Le climat par exemple ne sera plus relégué à l’article 34 mais sera bien inscrit dans l’article premier de la Constitution comme le souhaitait le ministre.
Traversée du désert
Ces douze derniers mois auront pourtant été mouvementés. Pour sa première rentrée au gouvernement, Nicolas Hulot s’est tout de suite attelé à mettre en œuvre l’une des mesures phares de son plan climat : la fin des hydrocarbures en France. Puis en novembre, il a dû annoncer le report de l’objectif de 50 % pour l’atome dans le mis électrique français … à une date indéterminée, entraînant une levée de boucliers chez ses anciens alliés des ONG.
La crédibilité du ministre est quelque peu restaurée avec l’organisation du One Planet Summit à Paris qui a confirmé le leadership climatique de la France, mais surtout l’abandon du projet Notre-Dame-des-Landes. Si cette ligne rouge avait été franchie, cela aurait poussé le ministre directement vers la sortie. Une victoire de courte durée puisque Nicolas Hulot passe ensuite par une traversée du désert et va jusqu’à remettre en cause sa place au sein du gouvernement.
“Il y a une chose que je sais mal faire, c’est mentir, et surtout à moi-même, a déclaré le ministre mi-mai sur BFMTV. Cet été, je ferai cette évaluation, j’aurai suffisamment d’éléments pour pouvoir regarder si effectivement je participe à la transformation sociétale. Sinon j’en tirerai des leçons.” Entre-temps, une nouvelle polémique éclate avec le feu vert de Nicolas Hulot à la bio raffinerie de Total à la Mède utilisant de l’huile de palme, un produit participant à la déforestation.
Des mesures concrètes attendues
Dans les faits, les émissions de CO2 de la France sont bel et bien reparties à la hausse depuis 2015 et le pays est en retard sur tous ses objectifs de la transition énergétique, selon le Conseil économique, social et environnemental (CESE). "Nicolas Hulot bombe le torse en ce moment, mais on a besoin de mesures concrètes, on ne peut plus attendre", alerte Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace France. "Nous sommes loin du compte avec une politique qui reste très conservatrice", renchérit Morgane Créach, directrice du Réseau Action Climat.
"L’écologie avance !", assurent au contraire plus de 100 députés LREM et MoDem, emmenés par l’élu Matthieu Orphelin, proche de Hulot, dans une tribune publiée cette semaine dans Ouest-France. "Nous sommes lucides : rien n’est parfait et beaucoup reste à faire", observent les signataires. "Mais c’est sur cette base que le bilan devra être fait. Sereinement, et en conscience. Avec en tête la seule question qui vaille : sommes-nous à la hauteur des enjeux ?"
Concepcion Alvarez, @conce1