De grandes marches pour le climat ont eu lieu à travers le monde le samedi 21 septembre. Mais celle de Paris a été largement perturbée par des casseurs qui n’ont laissé la place qu’à un petit cortège en comparaison de ceux d’autres grandes capitales. Surtout les médias se concentrant sur le maintien de l’ordre n’ont pas relayé le message d’urgence climatique crié par les participants.
Souvenez-vous le 16 mars dernier les Gilets Jaunes prenaient d’assaut le Fouquets qui brûlaient et toutes les caméras étaient tournées vers l’incendie. Au même moment à quelques centaines de mètres de là des milliers de personnes défilaient pour le climat dans le calme le plus total, sans service d’ordre, ni visibilité médiatique.
Le 21 septembre, le scénario est différent mais pas forcément meilleur pour le climat ! Compte tenu des mobilisations dans le monde entier, la lumière médiatique porte sur un nouveau sujet : l’éventuelle convergence des luttes climatiques et sociales portées par les trois défilés du jour à Paris : marche pour le climat, rassemblement des Gilets Jaunes et défilé Force Ouvrière contre la réforme des retraites. Mais dès le début de l’après-midi le millier de casseurs qui infiltrent la manifestation pour le climat et leurs affrontements avec la police modifient la couverture médiatique. Elle se focalise sur la casse, les affrontements avec les forces de l’ordre et les images de poubelle qui brûlent.
Les experts en plateau font bien le distinguo entre les casseurs, des "blacks blocks" cagoulés, tout de noir vêtus et les autres, manifestants en couleur jaune ou verte et de toutes les générations mais le mal est fait. Plus de message de fond sur l’urgence climatique, les reporters répartis dans les diverses rues de la capitale ne savent plus très bien quels sont les slogans qui émergent entre jets de lacrymogènes et mélange de gilets jaunes et de t-shirt verts. Les ONG appellent à la dispersion une manifestation qui n’a pas plus rien de pacifiste.
Ne prenez aucun risque et quittez la #MarchePourLeClimat #Paris
Les conditions d’une marche non violente ne sont pas réunies
Nous dénonçons l’envoi de lacrymogènes sur des manifestants non violents et des familles #MobilisationGenerale #MarcheClimat
— Greenpeace France (@greenpeacefr) September 21, 2019
Une partie des manifestants climatiques reconstituent le défilé pour terminer le parcours et le chiffre de participants final est arrêté à 15 200 par un cabinet indépendant cité par tous les médias. Sur les écrans de télé en continu, tous les commentaires de l’après-midi sur les manifestations émanaient soit de spécialistes du maintien de l’ordre, soit de commentateurs politiques venus en plateau commenter en boucle les actions des forces de l’ordre et de leurs opposants.
Pas un expert climatique pour remettre en perspective le rôle de ces manifestations dans la pression exercée sur les dirigeants qui doivent la parole au Sommet climat des Nations Unies lundi. Dommage ! D’autant plus que pendant ce temps-là les manifestants défilent dans le calme à New York où Greta Thunberg et 500 jeunes reçoivent les remerciements émus de l’organisation internationale pour avoir mis la jeunesse dans la rue et le climat au premier plan.
Samedi le message médiatique français est d’une nature différente. La France envoie au monde des images de violences sur les questions sociales et climatiques baignant dans les jets de lacrymogènes. La convergence des luttes a semble-t-il trouvé son slogan qui a beaucoup tourné dans les 150 000 messages qui se sont échangés sur les réseaux sociaux sur les manifestations : "Fin du monde, fin du mois, même responsables mêmes combats !" Il faudra sans doute attendre la prochaine manifestation pour entendre des experts expliqués quelles actions politiques, économiques, environnementales et sociales permettraient de reculer les échéances climatiques et de faciliter la vie quotidienne du plus grand nombre. Pour cela il faudrait donner du temps d’antenne au climat !
Anne-Catherine Husson-Traore, @AC_HT, Directrice générale de Novethic