Replacer l’imagination au cœur de notre système de pensée et de décision. C’est le postulat de Rob Hopkins, le fondateur du mouvement des Villes en transition, pour gagner la bataille climatique et environnementale. Alors, osons imaginer le monde que nous voulons voir émerger. Le chemin sera moins difficile, promet l’activiste britannique.
Le Pitch
La solution la plus efficace pour lutter contre le changement climatique était juste à portée de main. C’est ce que suggère le britannique Rob Hopkins, initiateur en 2015 du mouvement des Villes en transition, qui ne cesse de prendre de l’ampleur partout dans le monde. Dans son nouvel ouvrage, il invoque le pouvoir de l’imagination afin d’envisager un monde plus durable et passer à l’action. 83 % de la population estime ne pas avoir assez de temps pour se détendre et réfléchir. L’austérité, le stress, la surconsommation numérique ont, selon lui, sapé tout imaginaire collectif et social.
Rob Hopkins appelle donc les citoyens à lâcher leur portable, à retourner dans la nature, à côtoyer leurs voisins, à réinvestir les places et les rues de leurs villes, à prendre du temps pour des activités créatives et manuelles, à méditer… Redonner de la place à l’imagination afin de penser le changement climatique sous l’angle des nouvelles possibilités qu’il offre. C’est ainsi par exemple que Londres est devenue la première ville du monde à obtenir le statut de "parc national" en 2019. Tout est parti d’une affiche collée aux quatre coins de la ville qui disait simplement : "Et si Londres était classée parc national ?".
Le mot de l’auteur
"L’un des principaux obstacles à l’imagination est l’espace. Albert Einstein a déclaré que ses meilleures idées lui sont venues en faisant du vélo dans la forêt. L’espace dans lequel nous pourrions rêver et être imaginatifs est maintenant rempli du fait que nous travaillons tous tellement plus longtemps, que nous passons tellement de temps en ligne avec Facebook, Netflix, etc. De même, l’espace pour l’imagination a largement disparu de notre système éducatif à tous les niveaux, de la vie professionnelle de la plupart des gens, de la vie politique. Nous devons également reconnaître que l’imagination, dans une certaine mesure, est fonction du privilège. Si vos besoins de base ne sont pas satisfaits, en termes de nourriture, d’abri, de sécurité, etc., il est très difficile de vivre une vie imaginative. Nous devons commencer à discuter de l’austérité et de l’inégalité des richesses comme une attaque contre l’imaginaire collectif.
Or, l’ampleur et l’urgence du défi climatique sont telles que nous devons vraiment repenser la plupart des choses : la finance, les transports, l’économie, la production alimentaire, les modèles économiques, les systèmes énergétiques, et tout cela dans un laps de temps très court. Dans une telle situation, notre capacité non seulement à avoir une bonne imagination, mais aussi à être enthousiasmé par les possibilités que cela représente est clé.".
L’extrait
"Peut-être est-il temps de reconnaître qu’au cœur de notre action, il y a la nécessité, pour ceux qui nous entourent, d’être capables d’imaginer un monde meilleur, de le décrire, d’appeler de tous nos vœux son avènement. Si nous pouvons l’imaginer, le désirer, le rêver, il est beaucoup plus probable que nous parviendrons à réunir l’énergie et la détermination nécessaires à sa concrétisation. (…) L’avènement du monde tel que nous voulons le vivre, tel que nous souhaitons le léguer à nos enfants, relève avant tout du travail de l’imagination, ou de ce que le philosophe de l’éducation John Deway décrit comme ‘la capacité de percevoir autrement les choses qui sont’.
Lorsque nous mettons en place des espaces sûrs, trouvons du temps hors écran, construisons des lieux où l’on peut dire ‘oui, et’, où l’on peut œuvrer avec d’autres personnes à des tâches collaboratives et écrire un récit qui propose une vision positive de l’avenir, le monde redevient net. S’immerger dans une diversité d’organismes vivants crée les conditions propices à la résurrection de l’imagination. (…) Le monde du vivant ouvre la voie vers la création de nouveaux modèles économiques, vers le développement de la résilience climatique, vers l’inclusion sociale et bien plus encore."
Concepcion Alvarez @conce1
"Et si… on libérait notre imagination pour créer le futur que nous voulons ?" de Rob Hopkins, Éditions Actes Sud Colibris, juin 2020, 336 pages.