Pour la première fois depuis 2010, les quotas de carbone européens ont été suffisamment élevés pour inciter les producteurs d’électricité à choisir le gaz plutôt que le charbon. Proche de 25 euros la tonne, le prix du marché carbone a explosé en quelques années et pourrait dépasser les 30 euros en 2021 selon les analystes qui se veulent confiants.
Jusqu’à présent, les producteurs d’électricité n’étaient pas incités – économiquement – à se tourner vers le gaz plutôt que vers le charbon. Mais 2018 a marqué un tournant, à en croire les conclusions du nouveau rapport du think tank I4CE (1) sur le sujet. "Tout au long de l’année, le prix des quotas était au-dessus du prix minimum de ‘switch’ du charbon vers le gaz" note l’institut. Ce prix de switch est le nerf de la guerre puisqu’il correspond au prix du CO2 minimum pour favoriser une centrale à gaz efficace par rapport à une centrale à charbon inefficace.
En 2017, le prix des quotas carbone n’avait été au-dessus de ce prix minimum de switch que la moitié du temps, et seulement 5 % du temps en 2016. "Le prix des quotas commence donc à être suffisant pour favoriser la production d’électricité à partir de gaz plutôt qu’à partir de charbon sur le parc de production installé" indiquent les auteurs.
Des revenus en hausse de 150 % en 2018
Proche de 25 euros la tonne de C02 aujourd’hui, contre quatre euros en mai 2017, le prix des quotas européens devraient dépasser les 30 euros en 2021. Et dans la foulée, les revenus provenant des enchères devraient suivre la même tendance. En 2018, ils ont déjà augmenté de 150 % sur un an et ont rapporté plus de 14 milliards d’euros aux États membres. Une aubaine pour le climat puisque ces derniers sont obligés d’utiliser la moitié au moins de ces revenus pour soutenir les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.
En revanche, les niveaux de prix du marché carbone ne sont toujours pas suffisants pour soutenir le déploiement de nouvelles technologies bas-carbone. La fabrication d’acier à partir d’hydrogène par exemple ne pourrait se développer qu’à partir de 2035 et avec un prix du carbone compris entre 80 et 140 euros la tonne de CO2. La production d’hydrogène par électrolyse à partir de renouvelables pourrait être intéressante à partir de 2025 avec un prix du carbone fixé entre 40 à 80 euros la tonne de C02.
En 2017, la Commission de haut niveau sur les prix du carbone, présidée par les économistes Stern et Stiglitz, estimait que le prix du carbone devrait se trouver entre 40 et 80 dollars la tonne en 2020, puis augmenter progressivement de 50 à 100 dollars en 2030, afin d’assurer l’objectif 2°C fixé par l’Accord de Paris. Or, au niveau mondial, 75 % des prix carbone ne dépassent toujours pas 10 dollars la tonne de CO2. Au rythme actuel, le prix du carbone ne compensera les coûts réels du changement climatique qu’en… 2095.
Concepcion Alvarez, @conce1
(1) Voir le rapport de I4CE sur l’"État du marché carbone européen".