Jusqu’en 2014, l’Union européenne faisait office de bon élève en matière de négociation climatique. Une position remise en cause il y a deux ans par l’émergence d’un axe Washington-Pékin. L’élection de Donald Trump change la donne. L’Union européenne peut-elle reprendre le flambeau ? Présent à Marrakech pour la COP22, Yannick Jadot, candidat d’Europe écologie les verts (EELV) à l’élection présidentielle, se désole de la position européenne.
Novethic. Quel regard portez-vous sur le leadership européen au sein de ces négociations après le vide laissé par les États-Unis ?
Yannick Jadot. À la COP22, l’Union européenne se satisfait d’être dans le haut du peloton. Pendant ces négociations, l’UE n’est pas au fond la classe. Ce sont les États-Unis qui s’y trouvent, en compagnie d’autres pays comme la Russie ou l’Arabie Saoudite. Mais si elle est plus crédible que les autres, elle est encore loin d’exploiter tout son potentiel.
À Marrakech, l’Europe adopte la posture du partenaire stable. Elle fait de la diplomatie. C’est d’ailleurs le jeu ici. Mais on ne parle pas de véritable transition énergétique, agricole ou des transports. En ce qui concerne le financement des pays du Sud, l’Europe est plus crédible que les autres États. Mais elle reste assez loin de ce qu’il est nécessaire de faire. C’est un peu triste.
À quoi attribuez-vous cet état de fait ?
En Europe aussi on assiste à une vague de repli sur soi. Ce n’est pas seulement le fait des États-Unis. On le constate sur les questions liées au climat et à l’énergie. Que dit le paquet climat énergie lancé en 2008 ? Que l’énergie est une compétence nationale, mais que l’on va tracer une route commune, avec les renouvelables, en consommant moins et en étant plus efficaces.
Un grand nombre de secteurs sont concernés, comme le bâtiment ou les transports. Et ça marche plutôt bien ! À tel point que les grands énergéticiens, les champions nationaux (comme EDF, NDLR), sont déstabilisés économiquement. Ils voient leur modèle économique remis en cause. Les États se disent qu’il faut sauver leurs champions nationaux. Et donc limiter les ambitions climatiques.
Maintenant, la question est de savoir si les États ne vont pas se retrouver submergés par la réalité économique, qui voit les énergies renouvelables devenir de plus en plus compétitives, ou s’ils vont bloquer la machine.
Les États-Unis pas sérieux avant 2020
Le caractère non contraignant de l’Accord de Paris (qui ne prévoit pas de sanction en cas de non respect des clauses) ne montre-t-il pas ses limites à Marrakech ? Trump ne serait-il pas un symptôme plutôt qu’une cause ?
Malheureusement, L’accord a acté la réalité du multilatéralisme. Il est le premier accord international dit de "soft law", de droit mou, et se base sur la coopération entre les États. On se fixe un objectif, ambitieux, mais sans vraiment de feuille de route. Ça, c’est Marrakech. Et on s’appuie sur des coopérations plus ou moins fortes. Mais sont-elles assez encadrées ? Est-ce qu’on va réussir à revoir à la hausse les ambitions ?
En ce qui concerne Donald Trump, la question qui se pose à Marrakech c’est de savoir s’il va sortir les États-Unis de la Convention (CCNUCC, ou Convention cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, NDLR) ou s’il adoptera une position d’attente au sein de l’Accord de Paris. Est-ce que l’on va passer d’un duo Chine-USA, moteur pendant deux ans dans les négociations internationales sur le climat, à un duo Russie-US de présence sans action. Ça, on ne le sait pas. Ce que l’on sait, c’est que les États-Unis ne seront pas un partenaire sérieux des négociations climatiques jusqu’à 2020.
Quelle conclusion en tirez-vous ?
Si, dans ce monde du chacun pour soi, l’Europe ne se reprend pas, si elle ne prend pas le leadership de la coopération internationale, cela ira de mal en pire. On va se retrouver dans des difficultés sérieuses.
Comment expliquez-vous la quasi absence des thèmes liés à l’environnement et au climat dans la campagne présidentielle qui se profile en France ?
Par l’endogamie entre les grands groupes énergétiques et l’État. Mais la réalité économique, elle est là. Les énergies renouvelables progressent et deviennent de plus en plus compétitives. Il est clair que le modèle économique des énergéticiens n’est plus viable sur le long terme. Alors la question qui se pose à eux, c’est comment on va faire durer le business le plus longtemps possible ? Mais les choses bougent en France, grâce aux villes et à l’engagement de la société civile. Il faut que ce mouvement s’accélère.