Les aides pour le cinéma et le jeu vidéo sont désormais soumises à la publication d’un bilan carbone

Les bilans carbone vont braquer les projecteurs sur des pratiques lourdes d'émissions comme les aller-retours express en avion pour faire la promotion d'un projet. - @Lê Minh / Pexels
Les bilans carbone vont braquer les projecteurs sur des pratiques lourdes d'émissions comme les aller-retours express en avion pour faire la promotion d'un projet. – @Lê Minh / Pexels

Les secteurs du cinéma et du jeu vidéo vont eux aussi devoir se pencher sur leurs émissions de CO2. Depuis début 2024, le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) conditionne l’attribution de ses aides pour les œuvres audiovisuelles à la publication de bilans carbone, s’en suivra le secteur du jeu vidéo. Reste à savoir à quel point les studios et sociétés de production vont profiter de cette mine d’informations pour améliorer leurs pratiques.

Deux secteurs culturels majeurs, le cinéma et le jeu vidéo, vont devoir se pencher sur leurs émissions de CO2. Depuis le 1er janvier, les aides aux œuvres cinématographiques et audiovisuelles du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) sont conditionnées à la publication d’un bilan carbone. Cela concerne les longs métrages, courts métrages, séries et unitaires. Dans quelques mois, cette mesure issue du nouveau Code du cinéma et de l’image animée s’étendra au secteur du jeu vidéo. Si certaines sociétés de production se sont déjà intéressées à leur bilan carbone, c’est une nouveauté pour de nombreuses autres. 
« Le but est de lancer un mouvement afin qu’un grand nombre de professions prennent conscience de l’importance des enjeux environnementaux », explique à Novethic Pervenche Beurier, directrice générale de l’association Ecoprod qui a développé le calculateur Carbon’clap, l’un des deux outils homologués – et gratuits – pour le bilan carbone des œuvres cinématographiques. Si le résultat des bilans n’a pas d’effet sur le montant des aides du CNC, leur publication va donner de la visibilité à des impacts souvent méconnus.

Les projecteurs braqués sur les pratiques les plus émissives


« Chaque film représente un petit monde avec de grandes équipes mobilisées pour 4, 6 ou même 8 semaines avec des déplacements, des consommations diverses, de la nourriture… Tout cela a un fort impact écologique », illustre auprès de Novethic Michaël Moscatelli, producteur au sein de la société Nymphéas Productions. Les projecteurs vont se braquer sur des pratiques lourdes d’émissions, par exemple les aller-retours express en avion pour faire la promotion d’un projet.
Les bilans montrent aussi les avantages écologiques à opter pour un autre matériel, tel le passage à des éclairages LED. « Vouloir éco-produire change nos méthodes de travail et nous nous rendons compte que cela peut aussi conduire à dépenser moins », témoigne Michaël Moscatelli. Pour l’heure, le CNC limite ses demandes de bilan aux phases de production. Les créateurs des calculateurs veulent toutefois aller plus loin. Jyros, l’outil en préparation pour le jeu vidéo, se targue de prendre en compte la phase d’usage des jeux vidéo, majeure pour le secteur.
« Les développeurs vont pouvoir jouer avec l’outil, par exemple changer la configuration minimum requise et découvrir les différences d’impacts », s’enthousiasme Geoffrey Marmonier, pilote de l’outil Jyros au sein de Game Only, association représentant le jeu vidéo en Auvergne-Rhônes-Alpes. Selon lui, le manque d’études sur l’impact du jeu vidéo est criant alors que l’impact du numérique pourrait tripler d’ici 2050 selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME). « Nous espérons pouvoir réaliser des comparaisons et faire des statistiques nationales grâce au nouvel outil », se projette déjà Geoffrey Marmonier.

Des « éco-référents »


Entre la récolte des données et la réalisation de plans d’action, de nouveaux métiers pourraient devenir nécessaires « tels que des éco-référents », affirme Pervenche Beurier. « Reste à savoir quelle sera l’autorité de ce métier alors qu’il n’y a pas d’obligation de résultats », nuance-t-elle. La tâche n’est pas mince pour les sociétés de production et studios. Diffuseurs, loueurs de caméras, studios de production… Toute la chaîne de production doit être embarquée.

En décembre 2023, les chaînes de télévision des groupes TF1, Canal +, M6 et Mediawan avaient présenté des engagements écologiques lors des deuxième Assises de l’écoproduction, organisées par Ecoprod. « Toutes nos créations originales qui seront à l’antenne dans 24 mois doivent être éco-produites », a annoncé Gérald-Brice Viret, directeur général en charge des antennes et des Programmes de Canal+. L’émission « Top Chef », diffusée sur M6, est quant à elle déjà labellisée Ecoprod et intègre même la réduction des impacts sur la biodiversité.

La plupart des productions cinématographiques françaises demandent les aides du CNC et vont donc se soumettre, au minimum, à la publication des bilans. Pour le secteur du jeu vidéo, ces aides ne s’appliquent qu’aux studios indépendants. Malgré tout, la profession sera amenée à publier des bilans environnementaux sous l’impulsion de la CSRD qui va impacter les grandes entreprises mais aussi leurs fournisseurs. Une occasion de mettre l’impact écologique sur le devant de la scène.

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