Pour bénéficier de la PAC, les agriculteurs devront lever le pied sur les pesticides

Grégoire Lhotte, agriculteur près de Compiègne, a créé des espaces destinés à protéger la biodiversité - @MarinaFrabre
Grégoire Lhotte, agriculteur près de Compiègne, a créé des espaces destinés à protéger la biodiversité – @MarinaFrabre

Le Parlement européen a tranché. Depuis 2015, 5% des terres des gros exploitants agricoles doivent être réservées à des surfaces d’intérêt écologique destinées à protéger la biodiversité. Les agriculteurs étaient jusqu’ici autorisés à utiliser des pesticides dans ces zones. Ce ne sera plus le cas à partir du 1er janvier 2018. Et une part des aides versées par la PAC (Politique Agricoles Communes) dépendra du respect de cette règle. 

Les agriculteurs devront se mettre au vert s’ils veulent bénéficier des subventions de la PAC (politique agricole commune de l’Union européenne). Les euro-députés ont validé, mercredi 14 juin, l’interdiction de pesticides dans les SIE, les surfaces d’intérêts écologiques.
Depuis 2015, tout exploitant, possédant plus de 15 hectares de terres arables, qui souhaite bénéficier d’un paiement direct des aides agricoles de l’Union européenne, doit réserver 5% de sa surface à des espaces protecteurs de biodiversité, les fameux SIE. Il s’agit par exemple de haies qui favorisent les auxiliaires des cultures (ennemis naturels des ravageurs) et offrent des zones de refuges au petit gibier ou des bandes enherbées abritant les pollinisateurs.
"Cette décision redonne du sens à la PAC"
Problème : alors même que cette mesure visait à verdir la PAC, les agriculteurs étaient autorisés à utiliser des pesticides dans ces zones destinés à protéger la biodiversité. Un non-sens pour la Ligue pour la protection des Oiseaux (LPO). "Nous sommes très contents de ce vote. Cela redonne un peu de sens à la PAC, ce rouleau compresseur qui favorise l’agriculture intensif. On progresse", estime Bernard Deceuninck, ornithologue de la LPO, interrogé par Novethic.
"L’épandage des produits phytosanitaires a un impact extrêmement inquiétant sur la biodiversité. Alors que les SIE étaient conçus pour offrir des refuges à toutes ces espèces qui aident les agriculteurs, l’épandage des pesticides y était autorisé. Elles ne pouvaient alors remplir leur rôle, nous nous félicitons que cela change !", appuie Carmen Etcheverry, chargé de mission à France Nature Environnement.
Passe d’armes entre les instances
Depuis la réforme de verdissement de la PAC – qui représente 38% du budget européen -, les lobbys sont entrés en jeu, ralentissant lourdement le processus d’application. Ainsi, dès février, la Commission européenne avait proposé d’interdire les pesticides sur les SIE. Mais en mai, la commission parlementaire de l’agriculture et du développement durable avait émis son veto. Veto qui a finalement été rejeté, mercredi 14 juin par le Parlement européen.
"Le combat n’est pas gagné. La France est le deuxième pays au monde en volume de pesticides employés derrière les États-Unis. Des quantités exagérées qui sont incompatibles avec un maintien de la biodiversité", estime Bernaud Deceuninck.
Des producteurs dénoncent une "décision incohérente"
Du côté de la Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux (FOP) la pilule passe mal. Elle dénonce une "décision incohérente" qui "renie l’intérêt des légumineuses productives au nom de l’environnement". "La Commission met en danger la culture européenne des produits protéagineux non OGM et la stratégie européenne qui y est associé", défend également Albert Dess, euro-députés conservateurs, à l’initiative du veto de la commission parlementaire.  Malgré les critiques, cette nouvelle disposition entrera en vigueur le 1er janvier 2018. 
Marina Fabre @fabre_marina

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