Après Danone et Bjorg, Kellogg’s abandonne à son tour le Nutri-Score en France. Une décision qui intervient alors que la nouvelle version du label dégrade la note des produits les plus sucrés et relance le débat sur les limites du volontariat des industriels.
C’est un retrait en toute discrétion que vient d’opérer Kellogg’s. Le géant des céréales du petit-déjeuner, devenu Kellanova depuis la scission du groupe en 2023, a cessé d’afficher le logo nutritionnel sur ses produits vendus en France. Créé en 2017, le Nutri-Score classe les aliments de A à E selon leur qualité nutritionnelle afin d’aider les consommateurs à comparer les produits. Le retrait de Kellogg’s n’a pas fait l’objet d’une annonce publique. L’entreprise figurait encore dans la liste officielle de janvier 2025 des « entreprises et marques utilisant le Nutri-Score en France », publiée par Santé publique France. En revanche, l’entreprise a disparu de l’édition de janvier 2026.
Pour Serge Hercberg, professeur de nutrition et concepteur du Nutri-Score, ce retrait est tout sauf anodin. « Avec la nouvelle version du Nutri-Score, la note des produits Kellogg’s va se dégrader. Au lieu d’améliorer leurs recettes, ils préfèrent se retirer« , se désole le chercheur. De fait, le Nutri-Score a été révisé en 2025 afin de mieux refléter les dernières données scientifiques et recommandations de santé publique. Le nouvel algorithme pénalise davantage les produits sucrés, salés ou ultra-transformés sous forme de snacks, notamment les céréales du petit-déjeuner, les boissons édulcorées ou certains produits laitiers à boire. À l’inverse, les huiles végétales riches en bons gras, les poissons gras ou les fruits à coque sont mieux valorisés. Selon Santé publique France, entre 30 et 40% des produits voient ainsi leur note évoluer.
Un risque réputationnel pour Kellogg’s
Ce changement rebat les cartes pour les industriels. Les entreprises disposent d’un délai allant jusqu’au mois de mars 2027 pour mettre à jour leurs emballages avec le nouveau calcul. Mais comme l’affichage du Nutri-Score reste basé sur le volontariat, certaines choisissent désormais de s’en retirer. Une motivation rejetée par Kellanova. Dans une réponse transmise à Novethic, le groupe assure rester « engagé en faveur de la transparence » et affirme vouloir « l’adoption d’un système d’étiquetage unique et harmonisé à l’échelle de l’Union européenne ». L’entreprise met en avant des « difficultés logistiques majeures » liées aux différences de réglementation entre pays européens, notamment pour ses emballages multilingues. Elle précise avoir choisi d’afficher à la place les « Apports Journaliers Recommandés (AJR) » sur l’avant de ses emballages.
Une justification qui peine à convaincre les défenseurs du Nutri-Score. D’autant que Kellogg’s faisait partie, il y a encore quelques années, des industriels mettant en avant leurs efforts nutritionnels. En 2020, la branche française du groupe annonçait adopter le Nutri-Score sur l’ensemble de ses céréales et barres vendues en France. « Nous sommes conscients que les consommateurs attendent de notre part plus de transparence », déclarait alors Eric Le Cerf, président de Kellogg’s France, au Figaro. Le groupe mettait aussi en avant la reformulation de plusieurs recettes, avec notamment « 30% de sucre en moins » dans les Coco Pops. En 2021, Kellogg’s allait même plus loin en promettant que toutes ses céréales destinées aux enfants obtiendraient un Nutri-Score A ou B d’ici à 2022, grâce à une nouvelle réduction du sucre et du sel. Le groupe revendiquait alors « une décennie de travail » sur l’amélioration nutritionnelle de ses produits.
Pour Serge Hercberg, ce changement de position illustre surtout les limites du volontariat. « Les sociétés acceptent de jouer le jeu de la transparence nutritionnelle quand cela les arrange mais refusent de le faire lorsqu’il y a une mise à jour nécessaire pour des raisons purement scientifiques », dénonce-t-il. « Quand la science évolue et amène à des règles plus pénalisantes pour leurs produits, elles se retirent. » Le concepteur du Nutri-Score estime que ces entreprises prennent un risque réputationnel important. « Les consommateurs vont se rendre compte que ces sociétés font passer l’intérêt marketing avant la transparence nutritionnelle », affirme-t-il. Selon lui, « l’information nutritionnelle doit être un droit des consommateurs et un devoir des entreprises ».
Une pétition sur le site de l’Assemblée nationale
Le cas Kellogg’s s’inscrit dans un mouvement plus large. En septembre 2024, Danone avait annoncé retirer progressivement le Nutri-Score de plusieurs yaourts à boire comme Actimel ou Danonino, pénalisés par la nouvelle méthode de calcul. Bjorg avait fait de même quelques mois plus tôt, officiellement pour privilégier le Planet-Score. D’autres grands groupes comme Ferrero, Lactalis, Coca-Cola, Mars ou Mondelez refusent depuis longtemps d’adopter le Nutri-Score.
Bjorg retire le Nutri-score de ses produits… à deux mois du durcissement des critères
Cette séquence relance le débat sur le caractère facultatif du dispositif. En décembre 2025, l’Assemblée nationale a rejeté une nouvelle fois une proposition visant à rendre obligatoire l’affichage du Nutri-Score. Un revers dénoncé par les associations de consommateurs et les acteurs de santé publique, qui y voient la victoire des lobbys agroalimentaires. Pourtant, les études sur le sujet s’accumulent. Selon une enquête gouvernementale de 2021, plus d’un Français sur deux dit avoir changé au moins une habitude d’achat grâce au Nutri-Score. Une étude de l’UFC-Que Choisir publiée en 2023 montrait également que l’affichage du logo poussait les industriels à reformuler leurs produits pour améliorer leurs notes nutritionnelles.
« Le Nutri-Score est utilisé dans 57% des achats », rappelait récemment à Novethic David Garbous, président du collectif En Vérité. « Les produits affichant le Nutri-Score se vendent mieux, même lorsqu’ils sont notés D ou E. » Face aux retraits successifs, les promoteurs du Nutri-Score tentent désormais de faire pression sur les pouvoirs publics. Une pétition déposée sur le site de l’Assemblée nationale pour rendre le dispositif obligatoire a déjà recueilli plus de 53 000 signatures, selon Serge Hercberg.
Nutri-Score non obligatoire : les industriels risquent de le payer cher