Economie de la flemme, petits formats, sachets individuels… : le tout-plastique toujours à l’honneur dans la grande distribution

La "fraîche découpe" conditionnée en barquette plastique fait partie des mauvaises pratiques de la grande distribution pointées par No Plastic In My Sea et Que Choisir Ensemble. @No Plastic In My Sea
La "fraîche découpe" conditionnée en barquette plastique fait partie des mauvaises pratiques de la grande distribution pointées par No Plastic In My Sea et Que Choisir Ensemble. @No Plastic In My Sea

Si la France prévoit la fin des emballages plastiques à usage unique en 2040, une nouvelle enquête pointe le manque de mobilisation des acteurs de la grande distribution. Fruits et légumes suremballés, mini bouteilles d’eau, recul du vrac… Le plastique semble avoir encore de beaux jours devant lui dans les rayons de nos supermarchés.

La loi Agec de 2020 devait acter la fin du tout-jetable. Mais six ans plus tard, les emballages plastiques à usage unique restent omniprésents dans les rayons des supermarchés français. Entre 2018 et 2021, ils ont même augmenté de 3,3%. Un chiffre bien loin du cap fixé par la loi Anti-gaspillage et pour une économie circulaire (Agec), aussi appelé décret 3R (Réduction, Réemploi, Recyclage), qui prévoyait une baisse de 20% de ces emballages à horizon 2025. Et pour cause : la grande distribution affiche encore aujourd’hui une large dépendance au plastique. C’est ce que révèle un nouveau rapport publié ce mercredi 5 mai par Que Choisir Ensemble et No Plastic In My Sea. En février dernier, les deux associations ont enquêté sur les engagements et pratiques de plus de 1 600 magasins, gérés par onze distributeurs. Avec, à la clé, un constat sans appel : « les efforts engagés ne sont pas à la hauteur des enjeux », regrettent les auteurs de l’étude.

Au rayon des eaux embouteillées, tout d’abord, l’enquête rapporte une progression des ventes de 3,3% en 2025, alors que les bouteilles en plastique représentent 40% des emballages plastiques des ménages. Parmi ces produits, les petits formats de moins de 33 centilitres, particulièrement pointés du doigt pour leur impact environnemental, ont été identifiés dans 81% des magasins audités. Un état des lieux qui contraste fortement avec les obligations réglementaires :  la loi Agec impose en effet une réduction de 50% des bouteilles plastiques mises sur le marché d’ici 2030. A ce jour, seul Biocoop, qui a arrêté de commercialiser des bouteilles d’eau plate en plastique depuis 2017, affiche une stratégie permettant de tendre vers cet objectif.

Le réemploi et le vrac minoritaires

Au rayon fruits et légumes, les observations des deux associations ne sont pas plus encourageantes. Pommes de terre, tomates, oranges, carottes, pommes… En grandes et moyennes surfaces, 59% de ces cinq produits frais sont emballés. Une moyenne qui atteint 91% pour les fruits et légumes issus de l’agriculture biologique, dont la moitié sont sous plastique. A l’inverse, les enseignes bio se passent d’emballage dans 90% des cas. A cela s’ajoute une nouvelle tendance grandissante : la « fraîche découpe », c’est-à-dire la commercialisation de fruits et légumes pré-découpés et épluchés en barquettes plastique. Le phénomène, qui s’inscrit dans le périmètre de « l’économie de la flemme », concerne un magasin sur deux pour les légumes et 35% des enseignes étudiées pour les fruits. « Cette tendance est d’autant plus préoccupante qu’elle progresse fortement : sur les quatre premiers mois de 2025, les achats de ces produits ont augmenté d’environ 10% par rapport à la même période en 2024 », note le rapport.

Les alternatives aux contenants à usage unique restent quant à elles minoritaires. Les distributeurs donnent la priorité au recyclage alors que les résultats sont « insuffisants » selon les auteurs du rapport. Le réemploi, d’une part, semble encore très peu exploité par la plupart des distributeurs. Au sein des magasins Coopérative U par exemple, seulement 0,9% des emballages sont réemployables. Le vrac, d’autre part, affiche une régression inquiétante. Entre 2023 et 2026, le nombre de magasins proposant ce mode de vente est passé de 57% à seulement 38%. En 2030, les supermarchés de plus de 400 m2 devront néanmoins offrir 20% de produits sans emballages d’après les objectifs fixés par la loi Climat et résilience. Seules les enseignent bio arrivent à tirer leur épingle du jeu avec en moyenne 129 références de produits en vrac, contre 44 en grandes et moyennes surfaces.

« Manquement de l’Etat »

Les distributeurs ont pourtant un rôle à jouer pour tendre vers la fin de la mise sur le marché d’emballages à usage unique. A commencer par leur offre en marque propre. « Les marques de distributeurs (MDD) ont pris de plus en plus de place dans les parts de vente, notamment sous l’effet de l’inflation, explique à Novethic Camille Wolff, chargé de campagne « réduction des plastiques », pour No Plastic In My Sea. Sur ces produits, la grande distribution a directement la main en matière d’emballages ». D’après des données collectées par NielsenIQ, la part de marché en volume des MDD s’établissait en 2025 à 45,5%. Mais il ne s’agit pas du seul levier à la disposition des distributeurs. Au travers des cahiers des charges qu’ils transmettent aux industriels et des produits qu’ils choisissent de mettre en rayon, ils ont également la possibilité d’inciter les marques nationales à réduire les emballages plastiques.

Pour autant, force est de constater que la grande distribution peine à se mobiliser à grande échelle, faute d’accompagnement. « Il y a un manquement de l’Etat sur le sujet. Il n’y a pas, ou peu, de suivi des indicateurs qui permettraient de déterminer si les objectifs prévus par la loi sont atteints : aucun cap chiffré et daté n’a été fixé, avec éventuellement des sanctions pour celles et ceux qui n’atteindraient pas ces paliers, avance Camille Wolff. On a l’impression que tout le monde se renvoie la balle ». Pour changer la donne, No Plastic In My Sea et Que Choisir Ensemble appellent le gouvernement à opérationnaliser et contrôler les objectifs de la loi Agec. Les associations demandent par ailleurs aux distributeurs de concentrer leurs actions sur les rayons générant le plus de volume de plastique, comme les boissons, l’alimentation transformée ou l’épicerie, tout en formulant une stratégie de réduction globale. Un enjeu d’autant plus urgent que cette année devrait être marquée par l’entrée en vigueur d’un nouveau décret 3R et par la transposition du règlement européen sur les emballages plastiques (PPWR) fixant de nouvelles obligations.

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