L’Assemblée nationale a une nouvelle fois repoussé l’obligation d’affichage du Nutri-Score. Pour les entreprises, ignorer ce logo nutritionnel pourrait leur coûter cher : ventes, image et reformulation de produits sont désormais directement impactées, alors que de plus en plus de consommateurs s’y réfèrent pour choisir leurs aliments.
L’affichage du Nutri-Score ne sera pas obligatoire. Mercredi 3 décembre, l’Assemblée nationale a de nouveau repoussé l’obligation d’affichage du Nutri-Score sur les emballages alimentaires. Adoptée en première lecture en novembre, cette mesure avait été rejetée au Sénat et suscite un débat vif entre santé publique et intérêts industriels. Selon l’AFP, le vote s’est joué à une courte majorité : 120 députés contre, 117 pour.
Les entreprises qui auraient refusé d’afficher le logo nutritionnel auraient théoriquement été pénalisées par une taxe de 5% sur leur chiffre d’affaires, destinée à l’Assurance maladie. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a souligné que l’obligation aurait été incompatible avec le droit européen, tandis que plusieurs députés plaidaient pour une généralisation tout en prévoyant des exceptions pour certains produits AOP ou Label Rouge.
Le créateur du Nutri-Score, Serge Hercberg, a dénoncé sur LinkedIn ce vote comme « une nouvelle défaite de la Science et de la Santé Publique et une victoire des lobbies agro-alimentaires ». Il rappelle que le système repose sur plus de 150 études validant son utilité pour guider les consommateurs et lutter contre les maladies chroniques. Selon lui, ce rejet prive les citoyens d’un droit fondamental à l’information nutritionnelle, alors que plus de 90% des Français souhaitent connaître la qualité des aliments qu’ils consomment.
Le Nutri-Score, un intérêt économique pour les industriels
Le rejet de l’obligation relance un vieux débat : peut-on réellement compter sur le volontariat des industriels ? Le cas de Danone, pourtant pionnier du Nutri-score montre les limites du volontariat. Le groupe a annoncé en septembre 2024, qu’il retirerait le logo de plusieurs marques phares comme Actimel, Activia ou Danonino en raison d’une mise à jour de l’algorithme, qui faisait chuter leurs notes. Dans son communiqué, le groupe assure que les nouvelles règles « donnent une vision erronée » des produits laitiers à boire. Il n’est pas le seul à s’être retiré. En Suisse, Nestlé a annoncé supprimer le Nutri-Score de plusieurs de ses marques arguant qu’elle était la seule entreprise du secteur à l’afficher.
Or selon David Garbous, expert de l’agroalimentaire et président du collectif En Vérité, il y a un intérêt économique pour les entreprises à afficher le logo nutritionnel. « Les produits affichant le Nutri-Score se vendent mieux, même lorsqu’ils sont notés D ou E », explique-t-il à Novethic. « Le nutri-score est un marqueur puissant pour les consommateurs, il est utilisé dans 57% des achats ».
Certains industriels ont compris cet intérêt. Le fabricant de pain de mie Jacquet, par exemple, a retravaillé plusieurs de ses produits pour conserver son Nutri-Score A, après la refonte plus restrictif du label, intégrant ainsi des farines plus riches en fibres. Même Nestlé, qui a pourtant retiré le logo en Suisse, continue d’améliorer ses recettes en France. Pour conserver son score B sur ses céréales de petit-déjeuner Chocapic, l’industriel a revu sa recette, baissant de 11% la dose de sucre. En vingt ans, le produit a perdu quasiment la moitié de sa dose en sucre et 60% de son taux de sel. Déjà en 2023, une étude de l’UFC-Que Choisir estimait que la qualité nutritionnelle des produits alimentaires « avait considérablement progressé’ avec « jusqu’à 5 fois plus de bons Nutri-Score depuis 2015. »
« On creuse le trou de la Sécu »
Pour David Garbous, il y a donc une contradiction forte aujourd’hui : dans le même débat budgétaire, les parlementaires ont déploré le déficit de la Sécurité sociale, tout en rejetant un instrument facilement actionnable pour réduire les maladies chroniques liées à la nutrition. « Le Nutri-Score, c’est le b.a-ba : moins gras, moins salé, moins sucré. Quand on le refuse tout en se plaignant du déficit de la Sécu, c’est une faute politique. »
Reste que si le Nutri-Score est le « b.a-ba », il n’est néanmoins pas suffisant, notamment parce qu’il n’indique pas les ingrédients ultra-transformés, comme les additifs. « Aujourd’hui un jambon sans nitrite a la même note qu’un jambon avec nitrite », pointe l’expert. Santé publique France travaillerait sur un système complémentaire, incluant potentiellement un « halo noir » autour du Nutri-Score. L’objectif : éviter les paradoxes où certains produits obtiennent un A ou un B… tout en étant ultra-transformés.