Arrêté anti-pesticide : le gouvernement a tranché (et personne n’est satisfait)

0,3 % des produits phytosanitaires utilisés en France sont considérés comme pesticides dangereux par le ministère de l'Agriculture. - CC0
0,3 % des produits phytosanitaires utilisés en France sont considérés comme pesticides dangereux par le ministère de l'Agriculture. – CC0

Sous pression, le gouvernement a tranché. Les distances minimales d’épandage de pesticides par rapport aux habitations seront fixées entre 5 et 10 mètres selon les types de cultures. Pour les pesticides les plus dangereux, la distance sera de 20 mètres. Bien loin des 100 à 150 mètres demandés par les associations et plusieurs maires qui avaient pris des arrêtés en ce sens. Mais c’est déjà trop pour la FNSEA, le principal syndicat agricole.

Le gouvernement a (enfin) tranché. Depuis plus de deux mois, la guerre est déclarée entre certains agriculteurs et une cinquantaine de maires qui ont pris des arrêtés pour interdire l’épandage de pesticides à 150 mètres des habitations. La FNSEA, principal syndicat agricole, refusait une loi et militait plutôt pour des solutions locales. Finalement, les distances minimales d’épandage des pesticides par rapport aux habitations seront fixées à 5 et 10 mètres selon les types de cultures à partir du 1er janvier 2020, avec des possibilités de dérogation en cas d’accord local, a expliqué une source gouvernementale.
Le glyphosate, pas classé dans les pesticides dangereux
Concrètement, la distance sera de cinq mètres pour les cultures dites basses comme les légumes ou céréales et de dix mètres pour les cultures hautes, telles que les arbres fruitiers ou les vignes. Au-delà du type de culture, c’est aussi la dangerosité du pesticide qui va jouer un rôle. Ainsi, le gouvernement a décidé d’une "distance incompressible" de vingt mètres pour les produits les plus dangereux, ceux qui présentent une "toxicité quasi avérée pour l’Homme". Or ces derniers ne représentent que 0,3 % des produits phytosanitaires, rappelle Le Monde. Le glyphosate par exemple, herbicide très controversé, ne fera pas partie de cette short list.
Le futur arrêté prévoit également la possibilité de dérogations, ramenant les distances minimales jusqu’à 5 mètres pour l’arboriculture et 3 pour la "viticulture et les autres cultures", sauf à proximité des établissements accueillant des personnes vulnérables (écoles, hôpitaux, maisons de retraite…). Ces dérogations nécessiteront l’emploi de matériels de pulvérisation munis de dispositifs spéciaux "anti-dérive" et l’adoption de "chartes d’engagement départementales". Ces chartes, proposées par les utilisateurs de produits phytosanitaires (organisations agricoles ou gestionnaires d’infrastructures comme la SNCF, grande utilisatrice de glyphosate pour désherber les voies), devront être soumises à concertation publique et validées par les préfets.
Ni les agriculteurs, ni les associations ne sont satisfaits 
Avec cet arrêté, le gouvernement a-t-il réussi à réconcilier deux camps frontalement opposés ? Pas vraiment. Dans un communiqué, la FNSEA souligne sa "profonde incompréhension". "En instaurant, dans certaines situations, des distances de sécurité incompressibles, quelles que soient les pratiques et les mesures de protection, le Gouvernement laisse la place à l’idéologie et abandonne de nombreux agriculteurs sans aucune solution", dénonce le syndicat, qui fustige également l’absence de compensation due au retrait de la surface d’exploitation. 
L’association Générations futures estime, elle, qu’il y a un mépris des familles exposées aux pesticides. "Nous allons étudier avec notre avocat toutes les possibilités de recours et s’il faut à nouveau en passer par la justice pour obtenir gain de cause, nous n’hésiterons pas à le faire", a prévenu le directeur de l’association, François Veillerette. 
Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP

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