Il attire des centaines de milliers de visiteurs chaque année mais le Salon de l’agriculture est, pour certains, le symbole de l’agro-industrie, immortalisé par la présence de McDonald’s ou Lidl, et de l’agriculture conventionnelle. Une image qui lui colle à la peau et dont il tente de se défaire. À l’occasion de cet événement, Novethic vous propose, toute la semaine, une série dédiée à ce secteur sensible en France.
Dès le quai du métro Porte de Versailles à Paris, le ton est donné. Jusqu’à la sortie donnant sur le Salon de l’agriculture, les couloirs sont recouverts d’affiches Lidl vantant des producteurs "authentiques comme leur viande". Dans les allées bondées du Salon de l’agriculture, c’est son stand et celui de McDonald’s que l’on repère le plus vite, leur logo flottant au-dessus de la masse. En cette période de vacances scolaires, le grand M si reconnaissable guide les enfants comme un phare à l’heure du déjeuner.
"Le salon, c’est un show médiatique mené par la FNSEA (NDR, le principal syndicat agricole) c’est l’industrialisation de l’agriculture, son intensification et sa financiarisation", dénonce Christian Berdot des Amis de la Terre. "Le salon de l’agriculture c’est la vitrine d’une agriculture rêvée. Si on avait un stand sur les protections que doivent porter les agriculteurs quand ils épandent des pesticides ou un autre sur lequel on pourrait tester le taux de glyphosate dans nos urines, alors là, on serait mieux ancré dans la réalité".
Les petits producteurs ne peuvent pas se payer un stand
Malgré ses centaines de milliers de visites, le Salon de l’agriculture souffre, dans certains milieux, d’une image négative. "La région nous a proposé de venir donc nous avons fait le déplacement mais on a hésité", atteste un producteur de bière bio qui préfère rester anonyme. "Pour nous, l’agriculture ce n’est ni Lidl ni McDonald’s, ce sont les petits producteurs qui ne peuvent pas se payer une place au salon. Mais comme c’est une grosse vitrine, on ne pouvait pas refuser l’emplacement".
En moyenne, pour un stand d’une dizaine de mètres carrés, il faut compter 10 000 euros. Certains ont décidé de mutualiser les espaces comme Ferme France mais d’autres ont préféré passer leur tour. "On a participé au salon pendant plusieurs années mais c’est très cher et on avait une volonté de proposer une alternative au modèle dominant surreprésenté dans cet espace", avance Hélène Binet, responsable à la Ruche qui dit oui.
L’entreprise qui met en lien les producteurs et consommateurs a ainsi co-lancé le festival Sortons l’agriculture du salon, une sorte de contre salon de l’agriculture dans lequel les enjeux de la transition alimentaire et écologique sont mis en avant.
"C’est de l’agribashing", dénonce la FNSEA
"On en a marre de cet agribashing (critiques à répétition de l’agriculture, ndr)", s’énerve Patrick Benezit, secrétaire général adjoint de la FNSEA. "Je propose aux associations qui nous critiquent d’aller faire un tour en Chine ou au Brésil voir ce qu’est vraiment l’agriculture intensive et industrielle". Sur cette question, la FNSEA a le soutien du ministre Didier Guillaume. Cette année, le thème du stand du Ministère de l’Agriculture est "Ensemble, arrêtons l’agribashing".
"Il faut arrêter de montrer du doigt les agriculteurs qui seraient des pollueurs, des empoisonneurs, ce n’est pas ça", a défendu le ministre sur RMC. Emmanuel Macron a lui-même dénoncé cette tendance lors de son discours d’ouverture, en amont de sa visite marathon de 14 heures au salon.
Contre l’agri-bashing : les agriculteurs sont plus que personne attachés à la protection de la planète. #SIA2019 pic.twitter.com/ostugk0cfR
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) 23 février 2019
Car le Salon, ce n’est pas seulement McDonald’s. On y trouve aussi La Fédération nationale d’agriculture biologique (FNAB), la Confédération paysanne, qui milite pour une agriculture paysanne respectueuse de l’environnement et même Biocoop, l’enseigne historique de la bio. "On constate des initiatives intéressantes", note François Veillerette, directeur de Générations futures, citant notamment des conférences menées par l’Institut national de la recherche agronomique INRA sur la baisse des produits phytosanitaires. "Mais l’agribashing c’est une opération de communication visant à disqualifier toute critique sur le monde agricole, c’est scandaleux". Pas sûr que l’apaisement soit le thème de cette année.
Marina Fabre, @fabre_marina