Comment la banque centrale décide d’exclure les obligations souveraines trop carbonées

La banque centrale de Suède n'investira plus ses réserves de change dans des obligations souveraines d'États trop émetteurs de gaz à effet de serre. - @Riksbank
La banque centrale de Suède n'investira plus ses réserves de change dans des obligations souveraines d'États trop émetteurs de gaz à effet de serre. – @Riksbank

Exit les obligations des États de l’Alberta au Canada ou encore du Queensland en Australie. La Riksbank de Suède, la banque centrale, a décidé de ne plus investir ses réserves de change dans des obligations souveraines d’États trop émetteur de gaz à effet de serre, car elle font courir un trop grand risque pour sa politique monétaire.

La banque centrale suédoise veut protéger ses réserves de change du risque climatique. Martin Flodén, le gouverneur délégué de la Riksbank a déclaré ne plus placer ses fonds dans des obligations souveraines dans des États trop émetteurs de gaz à effet de serre. Une première dans le milieu habituellement feutré des banques centrales, mais que le gouverneur délégué explique de manière simple : « la politique monétaire peut en être affectée directement (par le changement climatique, NDR), a-t-il déclaré lors d’un discours à l’université d’Örebro, en Suède. Par exemple si les données économiques deviennent plus difficiles à interpréter quand les effets du climat génèrent de plus grandes fluctuations des prix et de la production.« 


Deux pays ont déjà fait les frais de l’annonce de la Riksbank : le Canada et l’Australie. Ils sont connus pour avoir « les émissions de gaz à effet de serre parmi les plus élevées du monde« , rappelle Martin Flodén. Des propos corroborés par une analyse de l’impact du changement climatique sur les pays développés réalisée par FTSE Russell, à partir de son indice Climate WGBI (Climate risk-adjusted world government bond index). Ces deux États producteurs d’énergies fossiles se retrouvent dans le bas du classement, notamment sur le risque de transition, qui prend en compte les mesures prises pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. Le Canada se positionne à la 21ème place, sur 22 pays analysés, et l’Australie à la 20ème place.

Une portée encore modeste

La décision de la banque centrale suédoise reste toutefois encore modeste dans sa portée. Le portefeuille total de réserves de change s’élève à 500 milliards de couronnes (environ 47 milliards d’euros), investies principalement en obligations américaines et allemandes. Environ 8 % de ses allocations étaient destinées aux obligations canadiennes et australiennes, une proportion qui devrait désormais se rétrécir.

La banque centrale n’a en effet pas effectué une coupe à l’aveugle dans ces investissements, elle a opéré un tri dans les obligations de ces deux pays, en fonction de l’intensité carbone de leurs provinces. « En application de notre nouvelle politique d’investissement, nous avons vendu les obligations émises par l’Alberta au printemps, explique Martin Flodén. Pour la même raison, nous avons récemment vendu les obligations émises par les États australiens du Queensland et d’Australie occidentale. » Le total de ces désinvestissements demeure donc assez faible, ce qu’assume le gouverneur.

Il estime que les décisions plus importantes sur la politique climatique sont du ressort du gouvernement et du parlement. En Alberta, toutefois, l’annonce de la banque centrale suédoise n’a pas manqué de faire réagir. Le gouvernement local a fustigé une décision qui ne prend pas en compte les efforts faits par les industriels des énergies fossiles pour réduire leur empreinte climatique. 

Sceptique sur les Green bonds

La banque centrale suédoise veut donc désormais investir ses réserves dans des obligations moins carbonées. Sans pour autant miser sur les Green bonds, estimant qu’il était trop difficile de tracer les financements verts dans des budgets publics. À la place, la Riksbank va développer ses propres outils pour affiner son analyse de l’empreinte carbone des émetteurs publics.

Cette décision inédite de l’autorité suédoise produira-t-elle un effet d’entraînement ? La Riksbank fait partie de la quarantaine de membres du réseau pour verdir la finance (Network for greening the financial system, NGFS) qui réunit des banques centrales et autorités de réglementation et dont l’objet est de partager les bonnes pratiques de gestion du risque climatique dans le secteur financier. Reste à savoir qui des banques centrales se décidera à lui emboîter le pas. 

Aller au contenu principal