En donnant son feu vert à la reprise d’un parc éolien majeur du danois Ørsted, la justice américaine vient d’enrayer l’offensive de Donald Trump contre l’éolien en mer. Cette décision rappelle le rôle des tribunaux comme contre-pouvoir face à une politique énergétique de plus en plus idéologique.
C’est un sérieux revers politique pour Donald Trump. Mardi 13 janvier, la justice fédérale américaine a autorisé la reprise du chantier du parc éolien offshore Revolution Wind, porté par le groupe danois Ørsted. Situé au large de la côte nord-est des États-Unis, le projet avait été suspendu fin décembre par l’administration Trump — comme l’ensemble des grands projets d’éolien en mer — au nom de supposées « menaces à la sécurité nationale », sans plus de précisions.
Saisi en urgence, le juge fédéral Royce Lamberth, à Washington, a suspendu cet ordre gouvernemental. La décision, rendue en référé, ne tranche pas le fond du dossier mais permet la reprise immédiate des travaux. Selon les éléments transmis au tribunal, le chantier est achevé à 87 % : seules quelques turbines restent à installer, tandis que toutes les infrastructures de raccordement au réseau sont déjà opérationnelles. Une fois mis en service, le parc doit alimenter plus de 350 000 foyers dans les États du Rhode Island et du Connecticut. Ørsted y a déjà investi ou engagé plus de cinq milliards de dollars, pour un projet lancé à l’été 2023 et attendu en production en 2026, selon l’AFP.
Dans un communiqué, le groupe danois a indiqué que « Revolution Wind va déterminer comment il peut être possible de collaborer avec le gouvernement américain pour parvenir à une solution rapide et durable », ajoutant que « le projet reprendra sa construction dès que possible ».
Un bras de fer engagé depuis l’été 2025
Ce jugement intervient après plusieurs mois de tensions. A la fin du mois d’août dernier, l’administration Trump avait déjà ordonné l’arrêt immédiat de Revolution Wind, déclenchant une onde de choc dans la filière. Ørsted indiquait alors que toutes les fondations avaient été installées et que 45 des 65 éoliennes prévues étaient déjà en place. Cette décision s’inscrivait dans une offensive politique assumée contre les énergies renouvelables. « Les éoliennes, stupides et laides, sont en train de tuer le New Jersey », avait déclaré Donald Trump sur son réseau social Truth Social le 19 août, avant de qualifier l’éolien et le solaire d’ »arnaques du siècle ».
« Les éoliennes sont stupides et laides » : Les énergies renouvelables selon Trump
Les conséquences financières ont été immédiates. À la fin de l’été 2025, l’action Ørsted avait chuté de plus de 16% en une séance, après avoir déjà reculé d’environ 30% dans les semaines précédentes. Le groupe avait annoncé une augmentation de capital d’environ 60 milliards de couronnes danoises (près de 8 milliards d’euros) pour absorber l’impact du gel de ses projets américains.
Jeudi 15 janvier, un autre juge du district fédéral de Washington a rendu la même décision concernant un autre projet d’éolien offshore, porté cette fois par Equinor. Il a autorisé le développeur norvégien à reprendre les travaux sur son projet New York Empire Wind, que l’administration du président Donald Trump avait interrompu avec quatre autres projets le mois dernier. Equinor a dépensé 4 milliards de dollars pour ce projet, qui est achevé à 60% et devrait produire suffisamment d’électricité pour alimenter 500 000 foyers new-yorkais. « Empire Wind va maintenant se concentrer sur le redémarrage en toute sécurité des activités de construction qui ont été interrompues pendant la période de suspension« , a déclaré Equinor dans un communiqué. « En outre, le projet continuera à collaborer avec le gouvernement américain pour garantir une exécution sûre, sécurisée et responsable de ses opérations. »
La transition énergétique résiste
Ces décisions rendues à Washington s’ajoutent à un autre revers judiciaire pour l’exécutif américain. Début décembre, une juge fédérale du Massachusetts avait déclaré illégal un décret présidentiel de janvier 2025 interdisant l’octroi de nouveaux permis d’éolien offshore dans les eaux fédérales. Pour les observateurs, ces décisions rappellent le rôle central du pouvoir judiciaire comme contrepoids politique. Dans le Financial Times, le directeur général d’Ørsted, Rasmus Errboe, s’est dit « satisfait du résultat », soulignant que l’entreprise avait obtenu gain de cause à deux reprises devant les tribunaux américains. À la suite du jugement, l’action du groupe a progressé de plus de 6 % à la Bourse de Copenhague.
Malgré l’hostilité politique, certains investisseurs estiment que la dynamique de la transition énergétique reste intacte. Pour Allianz Global Investors, les investisseurs américains n’ont pas abandonné le thème, même s’ils le rebaptisent désormais « energy security ». Hors des États-Unis, l’appétit demeure fort. En Europe et en Asie, les investisseurs anticipent une croissance soutenue du marché des renouvelables.
« Les États-Unis vont se réveiller. Ils vont voir où va le marché, qui s’oriente clairement vers la transition énergétique, et ils vont y revenir« , estime Matt Christensen, responsable mondial de l’investissement durable et à impact chez Allianz Global Investors. Il souligne que l’indice S&P Global Clean Energy Transition a été le plus performant en 2025, avec une surperformance de 20 points. Selon lui, les allers-retours de la Maison Blanche ne suffiront pas à endiguer cet élan, d’autant que le boom de l’intelligence artificielle accroît fortement les besoins en électricité. « Nous nous rapprochons d’un “pic Trump”’, anticipe-t-il, évoquant la pression de la société civile et l’approche des élections de mi-mandat de novembre aux Etats-Unis.
Mise à jour avec la décision d’Equinor le 16 janvier.