Fin de l’étoile verte : le Guide Michelin rattrapé par les règles anti-greenwashing

L'Etoile verte du Guide Michelin avait été lancée en 2020. LANDO HASS DPA PICTURE- ALLIANCE VIA AFP
L'Etoile verte du Guide Michelin avait été lancée en 2020. LANDO HASS DPA PICTURE- ALLIANCE VIA AFP

Le Guide Michelin a supprimé son étoile verte, lancée en 2020 pour distinguer les restaurants engagés dans une gastronomie durable. Derrière cette disparition en catimini : les nouvelles règles européennes anti-greenwashing qui exigent désormais des preuves solides que le célèbre guide ne semblait pas en mesure d’apporter.

L’annonce tient en quelques lignes. Le 18 mai dernier, le Guide Michelin indiquait dans un communiqué « mettre fin progressivement à l’Étoile Verte » pour lancer un nouveau programme éditorial baptisé « Mindful Voices » ou « Voix engagées ». Une formulation très sobre pour tourner la page d’un symbole qui incarnait depuis six ans l’ambition écologique de la haute gastronomie.

Créée en 2020, l’étoile verte devait récompenser les restaurants engagés dans des pratiques plus vertueuses : produits locaux, saisonnalité, réduction des déchets, attention portée aux producteurs et au vivant. En quelques années, près de 650 établissements dans le monde l’obtiennent, dont une centaine en France. Le succès est réel. Dans un secteur souvent perçu comme lent sur les questions environnementales, cette distinction offrait enfin un repère visible aux consommateurs. « Beaucoup de clients venaient car ils avaient la possibilité de choisir un établissement plus vertueux qu’un autre », expliquait ainsi Nicolas Conraux, chef de La Table de la Butte, interrogé par Novethic à l’automne 2025.

Pour de nombreux jeunes chefs, l’étoile verte devient même plus désirable que l’étoile rouge traditionnelle. « L’étoile verte véhiculait quelque chose de positif : des produits bien sourcés, une cuisine responsable, une attention portée au vivant », observe Franck Pinay-Rabaroust, rédacteur en chef du média Bouillantes. « Il y avait une vraie attente autour de ça. » 

Bruxelles et son arsenal anti-greenwashing

Mais dès le mois d’octobre 2025, plusieurs restaurateurs remarquent que l’étoile verte a discrètement disparu des filtres de recherche du site et de l’application Michelin. Impossible désormais de rechercher spécifiquement les établissements engagés. Pour ceux qui ne possèdent pas d’étoile rouge, la perte de visibilité est immédiate. Interrogé à l’époque par Novethic, Michelin assurait alors que « l’Étoile verte existait toujours », tout en précisant qu’elle n’est « ni un label, ni une certification ». Une nuance loin d’être anodine. Car entre-temps, Bruxelles a considérablement durci son arsenal contre le greenwashing.

En mars 2024 est entrée en vigueur la directive européenne dite « Empowering Consumers for the Green Transition », destinée à mieux protéger les consommateurs face aux allégations environnementales trompeuses. Le texte devait être transposé par les États membres avant mars 2026 et s’appliquera pleinement à partir du 27 septembre 2026. Cette directive interdit notamment les labels environnementaux qui ne reposent pas sur un véritable système de certification ou sur des critères transparents et vérifiables. Elle vise explicitement les communications écologiques vagues, non démontrées ou impossibles à contrôler.

En parallèle, une seconde directive européenne, dite « Green Claims Directive », est venue renforcer la pression autour des promesses environnementales. Même si ce texte est encore en discussion au niveau européen, son objectif est clair : obliger les entreprises à démontrer scientifiquement leurs allégations écologiques et à les faire vérifier par des organismes indépendants. Dans ce nouveau contexte réglementaire, l’étoile verte apparaît soudain très vulnérable.

« Ni méthodologie, ni cahier des charges »

« Elle a été créée rapidement, sans véritable réflexion de fond », estime Franck Pinay-Rabaroust. « Le problème, c’est qu’il n’y avait ni méthodologie claire, ni cahier des charges, ni véritable contrôle. » Dans les faits, Michelin ne disposait pas de référentiel public détaillant précisément les critères environnementaux évalués. Selon plusieurs témoignages recueillis par Bouillantes, les inspecteurs s’appuyaient essentiellement sur des discussions avec les restaurateurs et sur les informations mises en avant par les établissements eux-mêmes.  Les inspecteurs posaient quelques questions : « Vous avez un compost ? Un potager ? Ils regardaient aussi les sites internet et la communication des restaurants », raconte Franck Pinay-Rabaroust. « Au fond, c’était surtout de la communication. »

Même du côté des acteurs engagés de la restauration durable, le constat est sévère. Fanny Giansetto, cofondatrice d’Écotable, explique avoir alerté Michelin sur le manque de structuration du dispositif. Selon Franck Pinay-Rabaroust, Écotable avait même proposé son aide pour construire une méthodologie plus robuste, sans succès. Pour autant, la disparition de l’étoile verte ne réjouit pas les spécialistes du secteur. « L’Étoile verte n’était pas parfaite, mais c’était quand même une initiative intéressante », estimait Fanny Giansetto dans les colonnes de Novethic. « Sachant que le secteur n’est pas très moteur sur la question, c’est assez inquiétant. »

Le Guide Michelin, lui, défend une autre lecture. Dans Le Monde, son directeur international Gwendal Poullennec explique que « les normes environnementales sont très diverses d’un pays à l’autre » et qu’« il était impossible de créer un ensemble cohérent » à l’échelle mondiale. Cette difficulté d’harmonisation internationale est réelle. Mais pour plusieurs observateurs, elle masque surtout une faiblesse plus profonde : celle d’un système construit davantage sur l’autorité historique du Michelin que sur des critères objectivables.

Pendant des décennies, cette opacité faisait partie du mythe. Les étoiles rouges reposent elles aussi sur des critères largement internes au Guide. Mais dans le domaine environnemental, les exigences ont changé. L’étoile verte devait montrer que la gastronomie pouvait prendre le virage écologique. Sa disparition rappelle surtout qu’à l’ère de la lutte contre le greenwashing, les symboles ne suffisent plus.

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