Les "Uber Files" : 124 000 documents explosifs qui révèlent les pratiques les plus sombres de lobbying de la firme, ont été confiés au Guardian par celui qui était en charge du lobbying d’Uber pour l’Europe, Mark MacGann. Cet irlandais de 52 ans est le premier lobbyiste de ce niveau qui décide de lancer l’alerte. Il met ainsi à jour les méthodes du géant de la tech obsédé par la dérégulation et l’optimisation fiscale, le tout au mépris des droits sociaux de ceux qui travaillent pour lui. Ces révélations annoncent-elles un changement d’époque ?
En France c’est le rôle et l’appui d’Emmanuel Macron alors ministre de l’économie et des finances qui a été mis en avant mais comme le rappelle Mark Mac Gann dans Le Monde, membre de l’ICIJ, le lobbying d’Uber allait bien au-delà : "Uber était à ce moment-là l’entreprise la plus courue du monde de la tech, et même au-delà. Les investisseurs comme les politiques se précipitaient de la même manière pour rencontrer Uber et écouter ce que nous proposions". Pour l’ancien lobbyiste, cette situation était, professionnellement, "grisante".
La stratégie de la "pyramide de merde"
Le consortium des journalistes d’investigation publie "les éléments de langage" utilisés par les dirigeants d’Uber plutôt violents. Mark Mac Gann répond par exemple à une demande de conseil pour l’implantation d’Uber en Pologne, "En gros, Uber se lance, puis il y a une ‘tempête de merde’ réglementaire et juridique". La stratégie de "pyramide de merde" de l’entreprise est même formalisée dans un memo, car pour Travis Kalanick, le fondateur d’Uber : "C’est la violence qui garantit le succès". C’est pourquoi les dirigeants sont prêts à tout pour "contraindre les gouvernements à changer les règles, à légaliser Uber et à permettre au service de croître". Pour Mark MacGann cela va même jusqu’à "mettre en grève les chauffeurs pour qu’ils manifestent dans les rues, qu’ils bloquent Barcelone, Berlin ou Paris", le tout au nom de la liberté d’entreprendre et de la mise en concurrence.
Détricoter le droit du travail
Elles se livrent à un intense lobbying auprès de ceux qui font la loi et l’opinion et que la combinaison du digital et du libéralisme fascinent. Elles vont même jusqu’à financer des économistes qui peuvent les aider à mieux diffuser leurs visions. La saga d’Uber a inspiré une fiction "Super Pumped" diffusée sur Canal Plus mais les Uberfiles montrent que la réalité dépasse de loin la fiction et que ce type d’organisation sert surtout à détricoter le droit du travail au bénéfice d’une poignée de dirigeants et au détriment d’une foule de chauffeurs et de livreurs dans tous les pays où l’uberisation s’est implantée.