Transition énergétique : banques et assurances peuvent mieux faire

A quel niveau les banques et assurances européennes contribuent-elles à l’élaboration d’une économie bas carbone ? C’est à cette question que Novethic a essayé de répondre en analysant la communication publique des 32 principaux groupes bancaires et d’assurance de l’Union européenne. Résultat : dans la pratique, on assiste davantage à une meilleure gestion des risques vis-à-vis des projets controversés qu’à un véritable fléchage des investissements pour assurer la transition énergétique.

500 milliards de dollars d’ici 2020. Ce chiffre, c’est celui produit par l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Il représente le coût permettant la transition vers une économie bas carbone compatible avec l’objectif de maintien d’une hausse de la température globale à 2°C. Pour y parvenir, les investissements doivent être massivement et urgemment reportés vers des projets énergétiquement vertueux.
Est-ce aujourd’hui le cas pour les banques et assurances, au moins au niveau européen? C’est ce qu’a voulu savoir Novethic en épluchant la communication publique (rapport annuel, rapport RSE et site Internet) des 32 principaux groupes bancaires et d’assurance de l’UE comme Allianz, Axa, BNP Paribas, HSBC, Munich Re ou la Société Générale(1).  
En effet, au travers de leurs activités de services financiers, de prêts et de financements de projets, les banques peuvent soutenir les projets d’énergies renouvelables et de technologies vertes ou empêcher la construction de nouvelles usines fortement émettrices de gaz à effet de serre (GES). Quant aux assurances, elles peuvent également contribuer à la transition énergétique, par le biais de leurs investissements, mais aussi de leurs offres de produits d’assurance plus incitatives pour les activités faiblement émettrices.
Elles sont d’ailleurs de plus en plus poussées à le faire par la société civile comme le montre les guides récemment publiés par l’organisation américaine CERES, "Investing in the Clean trillion", le WWF, "ESG integration for banks" ou par les agences de notation.
Mais aujourd’hui, on est encore loin du compte, selon le centre de recherche de Novethic. Si le financement des transitions écologiques, énergétiques et climatiques est au cœur du débat, "l’analyse des rapports des grandes banques européennes témoigne qu’elles sont encore loin d’être en ordre de bataille pour jouer un rôle moteur dans ce domaine".  

Une communication renforcée sur les investissements verts



En 2014, les trois quarts du panel ont publié un indicateur sur leurs financements verts (efficacité énergétique, énergies renouvelables, transport durable, gestion de l’eau ou des déchets…). Lors de la dernière étude de Novethic titrée "RSE et communication responsable: pratique des banques et assurances européennes" datée de 2012, moins de la moitié en publiait.  
C’est principalement l’investissement dans les énergies renouvelables qui est mis en avant, mais chaque entreprise a son indicateur, ce qui rend difficile toute comparaison entre établissements. De plus, l’allocation aux financements verts n’a pas significativement évolué et la part des volumes alloués aux projets d’énergie renouvelable a même parfois diminué.  
Le financement des énergies fossiles est, lui, soigneusement laissé de côté, comme le montrent plusieurs rapports d’organisations non gouvernementales, comme celui, récent, des Amis de la Terre et de Bank Track.
Selon Novethic, seule la banque RBS se distingue en communiquant sur son exposition aux énergies fossiles pour ses financements de projets et une partie de ses prêts.
Et seulement sept entreprises déclarent explicitement vouloir accroître leur financement en faveur des projets verts…
Résultat: "les communications du secteur s’apparentent plus à des communications marketing qu’à de véritables reportings exhaustifs sur les pratiques et leur adéquation avec la transition vers une économie bas carbone", note l’étude.

Derrière la communication, des stratégies d’offre verte timides



Par ailleurs, si la quasi-totalité du panel publie un indicateur sur ses émissions de GES, c’est souvent sur les émissions directes (consommation énergétique des locaux, déplacements professionnels) qui restent anecdotiques par rapport à l’empreinte carbone de leurs émissions indirectes, c’est-à-dire l’impact des projets financés ou assurés.  
Si la majorité du panel reconnaît sa responsabilité environnementale indirecte, concrètement une seule banque – le Crédit Agricole – communique dessus…
La prise de conscience des risques financiers induits par le changement climatique et la pression des ONG ainsi que des agences de notation ont conduit les banques et les assurances à renforcer leur système de gestion des risques environnementaux et sociaux (ES). Pour ce faire, les établissements s’appuient sur des politiques sectorielles, définissant des standards minimaux en deçà desquels les entreprises n’investissent pas, notamment pour le secteur de l’énergie. Ainsi, aucune entreprise ne s’interdit de financer des compagnies pétrolières, mais le Crédit Agricole CIB exclut par exemple les projets offshores localisés en Arctique.   
Certaines, comme Barclays, Société Générale, la Deutsche Bank ou le Crédit Suisse, élaborent également des outils d’analyse des risques ES des transactions. Les analyses intègrent théoriquement l’impact environnemental des activités financées, mais elles manquent de transparence sur le type de critères considérés.  
Mais quid des résultats de ces standards? C’est là où le bât blesse. Et c’est là où le secteur est désormais attendu par la société civile. Mais aussi par les agences de notation extra-financière telles que Vigeo, Sustainalytics ou Oekom Research qui pointent du doigt la tendance à la communication marketing, au détriment d’une vraie remise en cause des modèles d’investissement et d’offres vertes. Aujourd’hui, certaines d’entre elles tentent déjà d’analyser les résultats des politiques mises en œuvre par les banques et assurances. Autant de signaux qui devraient alerter les banques et assurances sur une réforme en profondeur de leur politique d’investissements…

Les bons et mauvais élèves



En fonction du degré de transparence des banques et assurances du panel, Novethic a tiré deux classements :
L’un portant sur leur contribution au financement d’une économie verte et leur exposition aux énergies fossiles
CLASSEMENT "contribution à une économie verte"
L’autre portant sur leur prise en compte des risques environnementaux dans les différents métiers (financement de projets, prêts, gestion d’actifs et investissements, offre de produits d’assurance, etc.).
CLASSEMENT "gestion des risques environnementaux"   
(1) L’étude porte sur les documents disponibles entre janvier et novembre 2014. Elle n’inclut pas les communications des différentes filiales.

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